Le prix du bois, 2023 à 2025
Trois exercices qui déplacent la valeur des forêts
Résineux en reconquête, chêne en reflux, peuplier à contretemps. Entre 2023 et 2025, le marché français du bois sur pied n’a pas évolué : il s’est réorganisé. Analyse des séries annuelles lissées, essence par essence et classe de grosseur par classe de grosseur, et de ce que ces trois exercices imposent à l’évaluation forestière.
Par la rédaction technique de TerrAgree Forêt. Données arrêtées au second semestre 2025. Version 2 du 28 juillet 2026 : annule et remplace la version 1, dont le graphique 1 reposait sur une source foncière moins récente et sur un libellé non conforme à la séparation mobilière et immobilière.
I Le cadre macroéconomique : trois forces et un décalage
Le prix d’une bille sur pied en forêt française ne se forme pas en forêt. Il se forme au bout de la chaîne, dans un carnet de commandes de charpentier, dans un stock de fûts chez un tonnelier, dans une usine de contreplaqué. Entre 2023 et 2025, trois forces macroéconomiques ont commandé l’essentiel du mouvement, et elles n’ont pas joué dans le même sens selon les essences.
La construction, moteur du résineux
Le retournement du logement neuf a frappé le résineux de plein fouet en 2023. La reprise s’est amorcée en 2025 : selon les données provisoires du service statistique du ministère du logement, 379 222 logements ont été autorisés à la construction en 2025, en progression de 15 % sur un an, avec 101 285 maisons individuelles et 173 326 logements collectifs mis en chantier, en hausse de 13 % et de 15,9 %. Le secteur repart d’un point bas, mais il repart, et la charpente avec lui. Le second moteur, plus discret, est la rénovation, moins exposée aux taux d’intérêt et régulièrement consommatrice de sciages de qualité.
La ressource européenne, contrainte du bois blanc
La crise du scolyte typographe a inondé le marché européen de bois d’épicéa entre 2018 et 2022. Cette vague est passée. Les coupes sanitaires ont vidé les massifs et les scieries allemandes viennent aujourd’hui s’approvisionner en France. C’est le principal facteur de la remontée de l’épicéa et, par contagion, du sapin pectiné et des pins : le scieur privé de bois blanc à prix modéré se reporte sur l’essence disponible et en accepte le prix. L’observatoire économique de France Bois Forêt relève un indice toutes essences résineuses à 69 €/m³ en 2025, en progression de 8 %, niveau le plus élevé depuis 2004, et quatre essences résineuses à leur maximum historique : douglas, épicéa commun, pin laricio et pin sylvestre.
Les feuillus, en repli sur leurs deux débouchés majeurs
Le chêne dépend de deux marchés dont aucun n’a soutenu les prix. La tonnellerie d’abord : la crise viticole a réduit les ventes de fûts, la Fédération des tonneliers de France faisant état d’un recul de l’ordre de 15 % des volumes vendus sur l’exercice 2024-2025 et de près de 20 % sur le seul marché français, tandis que les stocks de merrain s’accumulaient chez les mérandiers. L’exportation ensuite : les flux de grumes vers la Chine se sont contractés, la part de marché française sur les importations chinoises de chêne revenant à 27 % en 2024. Le hêtre, de son côté, affronte la concurrence de l’eucalyptus sud-américain dans l’ameublement asiatique.
Le décalage
Ces trois forces produisent un résultat contre-intuitif, et c’est le fait marquant de la période : la forêt française ne connaît pas un cycle de prix, elle en connaît deux, de sens opposé. La lecture d’un indice général unique dissimule cette réalité plus qu’elle ne l’éclaire. L’observatoire de France Bois Forêt fait ainsi état d’un indice général en recul de 4 % en 2025, à 86 €/m³, alors que son propre indice résineux progresse de 8 %. Le chiffre moyen n’est pas faux : il est sans usage pour qui doit évaluer un massif.
Les essences, les qualités et les unités employées dans cette étude sont définies dans notre lexique forestier.
II Le prix à l’hectare ne dit rien du bois qui est dessus
La donnée que le grand public connaît, celle du prix de la forêt à l’hectare, a très peu bougé. Le prix médian des mutations forestières de plus d’un hectare s’établit à 5 594 €/ha en 2022, 5 566 € en 2023, 5 572 € en 2024 et 5 748 € en 2025, sur un volume de 16 700 à 17 900 transactions par an. En euros constants de 2021, la même série recule de 5 446 à 5 061 €/ha, soit une perte de 7 % en termes réels. Le foncier forestier a protégé le capital sur la période ; il n’a pas produit de plus-value réelle.
Ce prix de mutation n’est pas une valeur du fonds. Il est tout compris, sol et bois, et parfois bâti : ni valeur de fonds nu, ni valeur de peuplement. C’est précisément parce qu’il agrège les deux qu’il est si peu volatil, la faible variabilité du sol amortissant dans la moyenne l’amplitude du bois sur pied.
Sur la même fenêtre, le douglas de grosse bille a perdu 22 % puis regagné 37 %, et le chêne de grosse bille a cédé 26 %. L’écart de volatilité est considérable. Un massif résineux vendu en 2023 et le même vendu en 2025 se retrouvent dans deux médianes presque identiques, alors que leur capital sur pied a varié d’un tiers. C’est pour cette raison qu’une évaluation ne se construit jamais sur une référence à l’hectare : elle ne se construit que sur un inventaire et une série de prix.
Le prix à l’hectare ne dit rien du bois qui est dessus
Écart de volatilité entre le prix moyen des mutations et le prix unitaire du bois sur pied, 2021-2025
III Résineux : un creux en 2023, un plafond en 2025
La série résineuse dessine un V net. L’année 2023 marque la correction, conséquence directe du blocage de la construction et de la digestion des stocks accumulés en 2021 et 2022. Les deux exercices suivants effacent ce creux et le dépassent.
Le douglas, tête de série
Le douglas de grosse bille passe de 75,07 €/m³ en 2023 à 97,17 € en 2024 puis 103,16 € en 2025, soit +37 % en deux exercices et le franchissement du seuil symbolique des 100 €/m³ sur pied. La progression est homogène sur toute la gamme de grosseur, signe d’une demande de fond et non d’une tension sur une niche : la classe de 1 à 1,5 m³ suit à 99,05 € et la petite bille de 0,5 à 1 m³ à 83,88 €. Seule la bille de moins de 0,5 m³, destinée au sciage industriel et à la palette, reste à 52,20 €.
Les bois blancs, rattrapage par la rareté
L’épicéa commun de grosse bille progresse de 63,49 à 74,62 €/m³ entre 2023 et 2025, soit +17,5 %, alors que la demande de construction reste modérée ; l’explication par la contraction de l’offre européenne est une déduction cohérente avec les commentaires de l’observatoire des prix des bois ronds, non un fait mesuré dans nos données. Le sapin pectiné suit la même pente, de 49,14 à 58,66 €. Le pin sylvestre gagne 14 % sur la classe de 1 à 1,5 m³ et le pin laricio 18 % sur la classe de 0,5 à 1 m³. Le pin maritime fait exception : après un point haut à 59,05 €/m³ en 2024, il revient à 53,99 € en 2025, et son indice toutes grosseurs recule de 56,6 à 51,8 €. Cet écart mérite d’être signalé plutôt que lissé : l’indicateur de France Bois Forêt fait état pour 2025 d’un prix des pins en hausse, ce que nos séries confirment pour le sylvestre et le laricio mais contredisent pour le maritime.
| Essence et classe de grosseur | 2023 | 2024 | 2025 | 2023-2025 |
|---|---|---|---|---|
| Douglas, > 1,5 m³ | 75,07 | 97,17 | 103,16 | + 37,4 % |
| Douglas, 1 à 1,5 m³ | 73,49 | 93,35 | 99,05 | + 34,8 % |
| Douglas, 0,5 à 1 m³ | 61,48 | 79,55 | 83,88 | + 36,4 % |
| Douglas, ≤ 0,5 m³ | 39,02 | 50,65 | 52,20 | + 33,8 % |
| Épicéa commun, > 1,5 m³ | 63,49 | 64,73 | 74,62 | + 17,5 % |
| Sapin pectiné, > 1,5 m³ | 49,14 | 54,11 | 58,66 | + 19,4 % |
| Épicéa de Sitka, 1 à 1,5 m³ | 60,41 | 60,82 | 61,85 | + 2,4 % |
| Pin maritime, 1 à 1,5 m³ | 51,49 | 59,05 | 53,99 | + 4,9 % |
| Pin sylvestre, 1 à 1,5 m³ | 45,17 | 47,39 | 51,38 | + 13,8 % |
| Pin laricio, 0,5 à 1 m³ | 43,50 | 41,51 | 51,25 | + 17,8 % |
| Indice résineux, toutes grosseurs | 57,39 | 70,81 | 76,00 | + 32,4 % |
Résineux : un creux en 2023, deux records en 2025
Prix annuels lissés, par essence et classe de grosseur homogène
Où se trouvent les débouchés
Un prix national ne se réalise que s’il existe un acheteur à distance raisonnable. Pour le résineux de charpente, quatre pôles structurent la demande : le Grand Est autour du groupe Siat et de Schilliger Bois ; le Massif central et le Limousin, avec la scierie Farges à Égletons et Panneaux de Corrèze à Ussel ; l’Ouest, avec Piveteau Bois en Vendée ; la Bourgogne enfin, avec Fruytier Bourgogne et Bois et Sciages de Sougy. Le sillon rhodanien et alpin s’appuie sur Monnet Sève et la scierie Moulin. Le massif landais fonctionne en circuit court et intégré, autour de Gascogne Bois, d’Egger, de Finsa France et de NP Rolpin.
Le code d’activité principale ne dit pas si un établissement travaille le résineux ou le feuillu, et le géocodage du fichier est partiel. Toute liste établie par rayon autour d’une propriété constitue un plancher, jamais un recensement.
La ressource, elle, ne se déplace pas. Sur 2020-2035, la disponibilité annuelle en bois d’œuvre résineux se concentre en Nouvelle-Aquitaine (4,78 Mm³), en Auvergne-Rhône-Alpes (3,56), dans le Grand Est (2,19), en Bourgogne-Franche-Comté (1,96) et en Occitanie (1,48) : 88 % de la disponibilité nationale. Auvergne-Rhône-Alpes est le berceau du douglas français, et c’est donc là que la hausse décrite plus haut se traduit le plus directement en capital pour les propriétaires.
IV Chêne : trois ans de reflux, une prime de grosseur intacte
Le chêne a inversé sa trajectoire à partir de 2023, et il l’a fait de façon régulière. La grosse bille passe de son record de 297,21 €/m³ en 2022 à 255,48 € en 2023, 246,30 € en 2024 et 221,25 € au premier semestre 2025. La bille inférieure à 1,5 m³ suit une pente plus raide encore, de 211,17 à 149,17 €, soit −29 %. Ce n’est pas un accident de marché, c’est la normalisation d’un emballement : des chênes à merrain achetés 800 à 1 000 €/m³ sur pied en forêt domaniale au début de 2023 avaient vu leur valeur doubler en un an, mouvement en partie spéculatif nourri par la crainte collective de manquer de matière.
Une rupture de nomenclature qu’il faut nommer
Au second semestre 2025, les Experts Forestiers de France ont refondu la grille des classes de grosseur du chêne, du hêtre, du frêne et du châtaignier, en substituant quatre tranches bornées à 1,25, 1,75 et 2,25 m³ aux deux anciennes tranches bornées à 1,5 m³. Les nouvelles bornes ne recouvrent pas les anciennes : il est donc impossible de produire un prix annuel 2025 homogène pour ces essences. La doctrine TerrAgree impose de renoncer au calcul plutôt que de publier un chiffre assorti d’une réserve. Les valeurs 2025 du chêne présentées ici portent sur le premier semestre seul, ce qui est dit et non lissé.
Cette refonte apporte pourtant une information que l’ancienne grille masquait. Sur le second semestre 2025, le prix croît de façon continue avec la grosseur : la très grosse bille se négocie encore à 261 €/m³, proche de son record, alors que la bille moyenne s’est effondrée. Le reflux du chêne est un reflux des qualités secondaires et des diamètres intermédiaires, pas un reflux du chêne de tonnellerie.
| Ancienne grille | 2022 | 2023 | 2024 | 2025 |
|---|---|---|---|---|
| Bille > 1,5 m³ | 297,21 | 255,48 | 246,30 | 221,25 |
| Bille ≤ 1,5 m³ | 211,17 | 189,56 | 181,93 | 149,17 |
| Volume analysé, m³ | 187 501 | 157 952 | 137 093 | 124 523 |
| Nouvelle grille, S2 2025 | €/m³ | Volume, m³ |
|---|---|---|
| Bille ≤ 1,25 m³ | 139,76 | 17 918 |
| Bille de 1,25 à 1,75 m³ | 165,63 | 34 612 |
| Bille de 1,75 à 2,25 m³ | 206,84 | 21 224 |
| Bille > 2,25 m³ | 261,31 | 17 438 |
Chêne : trois ans de reflux, et une prime de grosseur qui se creuse
À gauche, les deux anciennes classes de bille, 2018 à 2025 ; 2025 porte sur le premier semestre seul, rupture de nomenclature au second. À droite, la nouvelle grille EFF à quatre tranches de volume unitaire.
Les bassins du chêne, ou la géographie du merrain
Le chêne n’a pas de marché national, il a des marchés de vallée. La merranderie et la tonnellerie constituent le segment de valeur, avec seulement 350 000 m³ de grumes à merrain récoltés chaque année, soit 16 % du volume de bois d’œuvre de chêne mobilisé, mais au moins le double en valeur. Cette activité se concentre en cinq pôles : charentais orienté cognac (Taransaud, Vicard, Doreau, Radoux, Baron, Allary), bordelais (Demptos, Sylvain, Berger et Fils), bourguignon (François Frères, Damy, Remond, Mercurey), vosgien (Merrain International, Tonnellerie de France) et nivernais (Nièvre Merrain, Berthomieu).
La conséquence pratique est directe : un chêne situé à trois heures d’un pôle de merranderie et un chêne situé au cœur de celui-ci ne valent pas le même prix, même à qualité et diamètre identiques. La ressource feuillue, elle, se concentre dans le Grand Est, 27 % de la disponibilité nationale en bois d’œuvre feuillu sur 2020-2035, et en Bourgogne-Franche-Comté avec 19 %.
V Peuplier : l’essence qu’on oublie, et le croisement de 2025
Le peuplier est traité comme un sujet marginal, et c’est une erreur d’analyse. Il occupe environ 200 000 hectares de peupleraies plantées, près de 2 % de la surface forestière, la France étant le premier producteur européen. Surtout, c’est l’essence dont le cycle est le plus court, quinze à vingt-cinq ans : la seule production forestière dont un propriétaire puisse espérer voir le terme d’une rotation complète.
Sa série de prix est la plus singulière de la mercuriale, parce qu’elle croise. La grosse bille, au-delà de 1 m³, destinée au déroulage et au sciage, progresse fortement en 2024 à 72,42 €/m³ puis retombe à 59,62 € en 2025. La petite bille, sous 1 m³, orientée vers l’emballage léger, atteint 72,38 € en 2025 et dépasse la grosse bille pour la première fois de la série.
Ce croisement repose sur 2 475 m³ analysés dans la classe inférieure à 1 m³, contre 30 240 m³ dans la classe supérieure. Deux lectures restent ouvertes et nous ne les tranchons pas : un effet de structure des lots vendus, ou un effet industriel réel, les très gros peupliers ne passant pas dans les dérouleuses à contreplaqué. Le second semestre 2026 tranchera.
La deuxième information tient au volume. Le peuplier soumis en ventes groupées passe de 120 655 m³ en 2018 à 32 715 m³ en 2025, une division par près de quatre. La récolte nationale, autour de 1,5 million de mètres cubes annuels contre le double à la fin des années 1990, se contracte au moment même où l’appareil industriel s’étoffe : Garnica, Joubert, Allin, Thebault, Manubois, les Bois Déroulés de Champagne, Leroy Déroulage. Une pénurie durable jusqu’aux alentours de 2030 était déjà le scénario central de la filière en 2023, et la contraction observée depuis ne l’a pas démenti.
| Peuplier | 2022 | 2023 | 2024 | 2025 |
|---|---|---|---|---|
| Bille > 1 m³, €/m³ | 56,93 | 54,35 | 72,42 | 59,62 |
| Bille ≤ 1 m³, €/m³ | 62,74 | 64,14 | 63,11 | 72,38 |
| Volume analysé, m³ | 66 008 | 36 338 | 53 402 | 32 715 |
Peuplier : le croisement de 2025
Prix annuels lissés et volume soumis au marché en ventes groupées
Une peupleraie ne s’évalue pas comme une futaie. Le cycle court réduit l’incertitude et rend la valeur actuelle d’avenir beaucoup plus fiable qu’ailleurs, mais il rend aussi la date de la coupe déterminante : un peuplier vendu deux ans trop tôt ou deux ans trop tard change de segment de marché, et donc de barème. Sur une peupleraie, le calendrier de récolte fait partie de l’évaluation ; il ne s’y ajoute pas.
VI Frêne, hêtre, châtaignier : des séries à manier avec prudence
Trois essences complètent le tableau feuillu, avec des échantillons de 1 000 à 12 500 m³ par an qui interdisent d’en faire des références fermes. Le frêne se maintient à un niveau élevé, de 172,23 €/m³ en 2023 à 182,27 € en 2025 sur la bille de plus de 1 m³, contre 88,85 € en 2020. L’explication habituelle est celle d’une rareté organisée par la chalarose ; nos données ne la valident qu’en partie, le volume de frêne analysé remontant en 2025 à 12 506 m³ contre 5 395 m³ en 2024, ce qui n’est pas le profil d’une ressource qui se raréfie à l’offre.
Le hêtre progresse jusqu’en 2024 à 81,03 €/m³ puis reflue à 73,25 € en 2025. Le châtaignier illustre à lui seul le danger des petits échantillons : 146,95 € en 2023, 174,37 € en 2024, puis 92,97 € en 2025 sur moins de 300 m³ analysés au premier semestre. Aucune conclusion de marché ne peut être tirée d’une telle variation : elle mesure la composition du lot vendu, non le prix du châtaignier.
Feuillus d’accompagnement : des séries fragiles
Échantillons de 1 000 à 12 500 m³ par an, à lire comme une tendance et non comme une référence
VII La leçon technique : le prix se construit au diamètre
Si l’on ne devait retenir qu’un enseignement de ces trois exercices, ce serait celui-ci. À essence égale, à qualité égale, à date égale, le prix au mètre cube double presque entre la petite bille et la grosse. Le douglas de 2025 se paie 52,20 €/m³ sous 0,5 m³ et 103,16 € au-delà de 1,5 m³. Le chêne du second semestre 2025 se paie 139,76 € sous 1,25 m³ et 261,31 € au-delà de 2,25 m³. Dans les deux cas, un facteur proche de deux.
Une erreur d’une classe de grosseur sur un inventaire ne coûte pas quelques pourcents : elle coûte le tiers de la valeur du lot.
Il en va de même du choix du tarif de cubage : sur un douglas de futaie de 35 mètres de hauteur dominante, l’emploi d’une table feuillue plafonnée à 28 mètres fait perdre de 24 à 41 % du volume sur pied. Nous avons documenté un cas réel où cette confusion aurait conduit à cuber 287 m³ à l’hectare au lieu de 491, soit une sous-évaluation d’environ 78 000 euros sur 4,72 hectares. Le prix du marché n’est que la moitié de l’équation ; l’autre moitié est le volume, et le volume est un travail de technicien.
Le prix se construit au diamètre
Douglas, gradient de prix par classe de grosseur, 2022 et 2025
VIII La divergence, et le rétrécissement du marché
Ramenés à un indice, les deux mondes se séparent nettement à partir de 2023 : l’indice résineux gagne 32 % en deux exercices, l’indice feuillus en perd 18 %. Ces deux agrégats sont indicatifs, sensibles à la composition des volumes vendus, et ne sauraient être opposés dans un débat contradictoire. Ils décrivent néanmoins un mouvement que les séries par classe confirment ligne par ligne.
Le second enseignement est moins commenté et tout aussi important : le volume soumis au marché se contracte. Le volume feuillu analysé passe de 531 058 m³ en 2018 à 179 094 m³ en 2025. Le volume résineux, après un point bas à 412 878 m³ en 2023, remonte à 494 118 m³ en 2025 sans retrouver les 924 521 m³ de 2018. Les propriétaires arbitrent et laissent le bois sur pied quand le prix ne les convainc pas : France Bois Forêt relève une quatrième année consécutive de baisse des volumes mis en marché en ventes groupées, à 1,2 million de mètres cubes en 2025.
Cette rétention a un effet direct sur la méthode d’évaluation. Moins de transactions signifie des échantillons plus minces, donc des références de prix moins robustes et une exigence accrue de qualification des données. Elle signifie aussi que le stock sur pied continue de croître dans les massifs privés, ce qui augmente la valeur de consommation d’un patrimoine dont personne n’a mis à jour l’estimation depuis dix ans.
La grande divergence
Indices agrégés toutes grosseurs, indicatifs et non opposables : sensibles à la structure des volumes
IX Pourquoi le prix du bois commande l’évaluation forestière
Tout ce qui précède n’est pas une chronique de marché. C’est le premier intrant d’un calcul de valeur.
La valeur technique repose sur une mercuriale, pas sur une intuition
La doctrine des Experts Forestiers de France, que TerrAgree applique, décompose la valeur technique d’un massif en trois termes : la valeur du fonds, la valeur de la superficie et les aménités. La valeur de la superficie s’établit à partir de la valeur de consommation, montant que le propriétaire percevrait s’il réalisait aujourd’hui une coupe rase, tous frais de mobilisation déduits. Cette valeur est le produit d’un volume par une série de prix. Changez la série de prix, vous changez la valeur du patrimoine.
Un exemple chiffre l’enjeu. Une futaie de douglas de 4,72 hectares portant 491 m³ de bois fort à l’hectare, soit 2 316 m³ sur la parcelle. Appliquer le prix 2023 du douglas de grosse bille, 75,07 €/m³, conduit à 174 000 euros ; le prix 2025, 103,16 €/m³, conduit à 239 000 euros. Le peuplement n’a pas changé, la propriété n’a pas changé, le propriétaire n’a rien fait. L’écart atteint 65 000 euros par le seul effet du marché, et une évaluation datée de 2023 resservie en 2025 est inférieure de 27 % à la réalité du moment.
Il illustre l’effet prix, il ne constitue pas une valeur de consommation. Le volume retenu est un volume bois fort, tandis que la mercuriale cote du bois d’œuvre : le passage de l’un à l’autre suppose un coefficient qui varie de 0,5 à 3. Une valeur de consommation réelle exige la ventilation classe par classe.
Pourquoi nous raisonnons en année et non en semestre
Le guide méthodologique de la profession recommande d’appliquer une mercuriale lissée sur deux ou trois ans, établie d’après le marché local du bois, déduction faite des frais de mise en marché et de surveillance de coupe. Le lissage n’est pas une commodité, c’est une protection : le premier et le second semestre d’un même exercice divergent régulièrement de 20 à 30 % sur une même essence et une même classe, le douglas de grosse bille cotant 105,12 €/m³ au premier semestre 2022 et 73,77 € au second. Retenir un semestre plutôt que l’autre revient à choisir le résultat que l’on souhaite obtenir.
Les quatre qualifications, et l’interdiction des moyennes hétérogènes
Une moyenne de prix n’a de sens qu’à essence, grosseur, qualité et mode de vente identiques. Une moyenne nationale de chêne est tirée vers le haut par la tonnellerie, une moyenne nationale de douglas par le gros bois de charpente. Appliquer l’une ou l’autre à un peuplement de qualité courante produit une surévaluation mécanique, et une évaluation surévaluée est plus dangereuse pour le client qu’une évaluation prudente.
L’écart entre la mercuriale et les ventes réelles est un diagnostic
Un douglas vendu 20 % sous la référence signale l’une de trois choses : une qualité inférieure à la moyenne, un problème de desserte, ou une mise en concurrence insuffisante. Ces trois hypothèses appellent des conclusions différentes et aucune ne se tranche depuis un bureau. Elles se tranchent sur le terrain, ce qui est précisément le métier du gestionnaire forestier.
La valeur vénale, et le marché adressable
La valeur technique est le socle rationnel. La valeur vénale s’en écarte selon sept critères : surface, essence, stade de maturité, marché du bois, emplacement, arguments de valorisation et talon d’Achille. Un massif de douglas mûr et bien desservi dans le Limousin s’adresse aujourd’hui à un marché de professionnels du bois et d’institutionnels, dans un contexte de prix au plus haut. Un massif de chêne de qualité secondaire, morcelé et éloigné d’un pôle de merranderie, s’adresse à un marché de particuliers, dans un contexte de prix en reflux. Ce ne sont pas deux niveaux de la même échelle : ce sont deux marchés.
Ce que la période ne dit pas
Une évaluation forestière est un exercice d’approximation raisonnée, non de certitude. Trois exercices de marché ne constituent pas une tendance de long terme : la hausse du résineux est portée par une rareté européenne conjoncturelle, qui se résorbera à mesure que les massifs allemands et d’Europe centrale se reconstitueront. Le reflux du chêne, symétriquement, est adossé à une crise viticole dont la sortie changera la donne. Un évaluateur qui prolongerait mécaniquement l’une ou l’autre de ces pentes commettrait la faute que la période même lui déconseille.
X TerrAgree Forêt : la veille comme discipline
Le travail de nos gestionnaires forestiers repose sur deux exigences indissociables. La première est l’apprentissage continu des méthodes d’évaluation : la doctrine évolue, les nomenclatures changent, les tarifs de cubage ont des domaines de validité que l’on ne peut ignorer sans conséquence. Un conseiller qui cesse d’apprendre applique un jour un barème périmé à un dossier réel, et l’erreur ne se voit qu’au moment du contradictoire. La seconde est la veille du prix des bois : le maintien à jour du seul paramètre exogène du calcul, celui que le propriétaire ne maîtrise pas et que l’évaluateur doit connaître exercice par exercice, essence par essence, classe par classe, bassin par bassin.
Ces deux exigences convergent vers une conviction que nous assumons : ce qui donne de la valeur à une forêt, ce sont les revenus tirés de ses arbres. Nous irons probablement un jour vers une valorisation des services écosystémiques, et nous suivons attentivement ce qui se construit dans ce domaine, du carbone à la biodiversité. Mais ces modèles cherchent encore leur voie : les méthodes de mesure ne sont pas stabilisées, les marchés ne sont pas liquides, les cadres juridiques ne sont pas arrêtés. Intégrer aujourd’hui dans une évaluation un revenu écosystémique qui n’existe pas encore serait vendre au propriétaire une valeur qu’il ne pourra pas réaliser.
Un patrimoine résineux évalué en 2023 est sous-évalué d’environ un tiers. Un patrimoine de chêne évalué en 2022 est surévalué d’autant. Dans les deux cas, le propriétaire prend une décision de succession, de cession ou de transmission sur un chiffre faux.
Méthode et limites
Mercuriale Bois sur pied EFF/CNIEFEB 2011-2025 du référentiel TerrAgree, soit 1 137 observations issues des rapports semestriels de ventes groupées des Experts Forestiers de France et des bilans antérieurs du CNIEFEB, dont 1 105 sur le périmètre France entière, seules retenues ici. Périmètre : bois d’œuvre, prix nets vendeurs sur pied, prix d’adjudication à l’exclusion des prix de retrait.
Moyennes pondérées par le volume analysé de chaque observation semestrielle. Aucune interpolation, aucune estimation : les lacunes de la source demeurent des lacunes.
Aucune moyenne n’est produite entre essences, grosseurs, qualités ou modes de vente différents, sauf pour les indices explicitement qualifiés d’indicatifs. La refonte des tranches du second semestre 2025 a conduit à recomposer les nouvelles tranches du douglas, de l’épicéa et du sapin, et à renoncer au lissage annuel 2025 pour le chêne, le hêtre, le frêne et le châtaignier.
La source qualifie de faible toute observation portant sur moins de 500 m³. Les séries du châtaignier, du merisier et des divers feuillus reposent sur de tels effectifs.
Les ventes groupées ne représentent pas la totalité du marché : les ventes de gré à gré et les contrats d’approvisionnement en sont absents. Les prix présentés constituent plutôt un plafond qu’un plancher pour une vente isolée mal préparée.
Nos calculs convergent avec l’indicateur 2026 du prix de vente des bois sur pied en forêt privée (Observatoire économique de France Bois Forêt, La Forestière, l’ASFFOR et les EFF) : indice général à 86 €/m³ en 2025 contre 90 € un an plus tôt, indice résineux à 69 € en progression de 8 %, chêne à 190 € en recul de 17 %, douglas à 93 €.
Une référence opposable pour une propriété donnée. L’évaluation d’un massif suppose un inventaire, un tarif de cubage justifié, une qualification de la station, une analyse de la desserte et des débouchés locaux, et une confrontation aux ventes réalisées sur place.
Sources
- TerrAgree, Mercuriale Bois sur pied EFF/CNIEFEB 2011-2025, version 1, onglets Données, Méthode et Sources.
- TerrAgree, Référentiel du marché des forêts 1997-2025, version 5, d’après CNPF et Safer pour la série hédonique 1997-2019 et DVF DGFiP pour 2020-2025.
- TerrAgree, Référentiel de cubage forestier, version 2 du 25 juillet 2026, sections 1 et 5.
- TerrAgree, Fichier des établissements de la filière bois d’après INSEE.
- TerrAgree, Foncier Forestier Prix du Sol DVF-SAFER 1997-2025, version 2.
- Disponibilité en bois d’œuvre par région, France, 2020-2035, scénario A1-R1-C1.
- CNIEFEB, Guide méthodologique de l’expertise et de l’évaluation forestière, octobre 2014, section 4.3.
- Observatoire économique de France Bois Forêt, indicateur 2026 du prix de vente des bois sur pied en forêt privée, juillet 2026.
- Ministère chargé du logement, base Sitadel, construction neuve de logements, exercices 2023 à 2025.
- Revue forestière française, Les ventes de bois des forêts publiques en 2024, données FrenchTimber.
- Fédération des tonneliers de France et Syndicat des mérandiers de France, exercices 2024 et 2025.
- Commission économique pour l’Europe des Nations unies, rapport France sur le marché du bois 2024.
- Observatoire des prix des bois ronds rendus usine, France Bois Forêt et Gestionnaires et Coopératives Forestières, T1 2025.
- Fordaq, décembre 2025 et mars 2023 ; La France Agricole et L’Info Durable, mai 2026 ; Réussir Grandes Cultures, mars 2025 ; Forestopic, janvier 2025.
Cet article a été établi à partir des référentiels internes TerrAgree Forêt. Les chiffres sont sourcés, les hypothèses explicitées, les limites assumées.
Observatoire des bois de la Maison TerrAgree
Annexe au magazine n° 20, juin 2026. Version 2 du 28 juillet 2026. Données arrêtées au second semestre 2025.