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Le cèdre de l’Atlas (Cedrus atlantica)

Le cèdre de l'Atlas est une essence forestière de montagne nord-africaine, introduite en France au XIXe siècle, aujourd'hui présente sur environ 20 000 hectares. Sa résistance à la chaleur, à la sécheresse et au froid en fait un candidat souvent cité face au changement climatique. Cette réputation ne doit pas masquer une réalité de terrain : c'est une essence exigeante, dont la réussite se joue entièrement sur le respect de la station. Là où le sol ne convient pas, aucune qualité climatique ne compense.

Adrien Sebastiao, TerrAgree Forêt · Mis à jour le 9 août 2026

Qu’est-ce que le cèdre de l’Atlas et où est-il présent en France ?

Avant d’entrer dans le détail, situons l’arbre : d’où il vient, ce qu’il est devenu en France, et comment le reconnaître sur le terrain.

Le cèdre de l’Atlas appartient à la famille des Pinacées. Originaire des montagnes d’Afrique du Nord (Algérie et Maroc), il est introduit en France à partir de 1870, d’abord pour le reboisement du mont Ventoux. Son intérêt sylvicole croît régulièrement depuis une quarantaine d’années, porté par les plantations en forêt privée.

Peuplement adulte de cèdre de l’Atlas.
Reconnaissance
ReconnaissanceCaractère
PortArbre pyramidal, jusqu’à 40 m de hauteur
AiguillesVertes à bleutées, groupées en rosette, isolées sur les rameaux
CôneOvoïde, dressé, se désarticulant à maturité pour libérer les graines
OrigineMontagnes d’Afrique du Nord (Algérie, Maroc)
Rameaux de cèdre de l'Atlas portant des aiguilles bleutées groupées en rosette
Les aiguilles du cèdre sont groupées en rosette sur les rameaux courts, et isolées sur les pousses de l’année.
Planche botanique du cèdre de l'Atlas, rameau, cône dressé, rosette d'aiguilles et aiguille isolée
Rameau, cône ovoïde dressé, rosette d’aiguilles et aiguille isolée du cèdre de l’Atlas.
Repères chiffrés
Repères chiffrésValeur
Surface estimée en FranceEnviron 20 000 ha
Résistance au froid (adulte)Jusqu’à -25 °C
Croissance en hauteur (meilleures stations)Environ 0,5 m/an
Âge d’exploitabilité60 à 100 ans selon la station
Densité objectif à la récolte150 à 200 tiges/ha
Volume moyen de l’arbre à la récolte1,5 à 3 m³, soit 300 à 600 m³/ha

Quelle station convient au cèdre de l’Atlas ?

C’est le point décisif. Le cèdre pardonne peu les erreurs d’installation, et sa station commande tout le reste. Une station mal choisie condamne le peuplement sur toute sa rotation, sans rattrapage possible.

Le cèdre de l’Atlas résiste à la chaleur, à la sécheresse et, à l’état adulte, au froid jusqu’à -25 °C. Il accepte une large gamme de sols, acides comme calcaires, et se contente d’une faible richesse chimique. Son enracinement puissant lui permet de croître sur des sols superficiels calcaires, à condition que la roche soit fissurée et prospectable par les racines. Cette plasticité apparente a nourri sa réputation d’essence d’avenir.

Les mesures de terrain nuancent fortement ce tableau. L’étude conduite par le CNPF Auvergne-Rhône-Alpes entre 2021 et 2023 sur 137 placettes de forêt privée établit que dans 35 % des cas où des arbres dégradés ou morts sont observés, l’avenir du peuplement est incertain quant à la production et au renouvellement. Ces échecs s’expliquent par une méconnaissance des exigences de l’essence au moment de l’installation. Le cèdre ne tolère pas les effets météorologiques marqués, gels tardifs, printemps trop pluvieux, été trop chaud, dont les conséquences sur l’état sanitaire sont durables. Ces effets s’accentuent en altitude et sur les expositions sud.

Stations
Stations à rechercherStations à éviter
Texture équilibrée, sableuse à limono-sableuse (sols légers)Texture à dominance argileuse, sol mal structuré (sols lourds)
Sol filtrant, profondeur supérieure à 50 cmSol peu épais, non prospectable par les racines
Roche calcaire fissuréeSol engorgé ou hydromorphe, excès d’eau même temporaire
Plaines et collines, exposition est ou neutreSituation d’altitude, exposition sud
Sol acide à légèrement carbonaté, faiblement exigeant en richesseSol chimiquement pauvre, chargé en sables grossiers et cailloux

Les besoins stationnels documentés par le CNPF Auvergne-Rhône-Alpes, exprimés comme un optimum où un facteur non atteint peut parfois être compensé par un autre : température moyenne annuelle de 7,5 à 10 °C, maximum estival de l’ordre de 18 °C, précipitations annuelles supérieures à 1 000 mm avec un minimum de 260 mm en été, profondeur de sol supérieure à 50 cm.

L’enracinement, puissant et pivotant sur sol favorable, assure une bonne stabilité. Cette stabilité disparaît sur sol superficiel ou compact, où le système racinaire ne peut se développer.

Où le cèdre est planté en France

L’essence reste marginale, environ vingt mille hectares, et son implantation suit les reboisements du Sud et du Massif central, du mont Ventoux aux marges méditerranéennes. Nos monographies décrivent les massifs où la question du remplacement d’essences se pose aujourd’hui, notamment les Combrailles, le Livradois-Forez et le Limousin.

Quels plants choisir pour planter du cèdre ?

Le point de départ conditionne la réussite autant que la station. Sur le cèdre, la contrainte est double : sélection de la graine et mode de production du plant.

Il convient d’utiliser des plants issus de graines sélectionnées, porteuses de l’étiquette bleue ou verte. La reprise du cèdre en racines nues étant délicate, la plantation en godet est indispensable. Le format recommandé est un godet anti-chignon d’au moins 400 cm³, rempli d’un mélange de tourbe et d’écorce, à humidifier soigneusement avant la mise en terre. Les plants d’un an (1+0 G) sont la norme.

Pour la traçabilité des catégories et provenances, se reporter aux dispositions réglementaires sur les matériels forestiers de reproduction (Légifrance) et aux préconisations du CNPF.

Comment conduire une plantation de cèdre ?

L’itinéraire dépend du contexte de plantation. Deux logiques coexistent : la plantation en plein après coupe rase de résineux, et l’introduction en enrichissement dans un peuplement à renouveler.

Le travail du sol reste léger. En forêt, un simple rangement des rémanents suffit, suivi de potets travaillés. Sur terrain agricole, un sous-solage avec reprise de surface est souvent nécessaire pour aérer le sol et favoriser l’installation racinaire. Lors de l’exploitation d’un peuplement résineux préexistant, le traitement systématique des souches contre le fomès est indispensable.

Jeune plantation de cèdre en godet.

La densité de plantation résulte d’un compromis entre l’irrégularité de croissance de l’essence, sa tendance à la branchaison, la facilité d’entretien mécanique et la pression de gibier. Les densités les plus fréquentes s’échelonnent de 800 à 1 320 tiges/ha. Un écartement minimal de 4 m entre les lignes est requis pour l’entretien mécanisé. Le mélange avec une autre essence, le pin laricio de Corse par exemple, est envisageable par souci d’économie et de couverture du risque.

Le cèdre est très sensible à la concurrence herbacée les premières années. Les dégagements doivent être soignés, tout en préservant un léger abri latéral bénéfique aux jeunes plants : la modération du dégagement sur ce point est un acquis des observations récentes. Il faut éviter tout frottement contre la pousse terminale.

La conduite en éclaircies vise un peuplement final de 150 à 200 tiges/ha. Quatre à six éclaircies sont nécessaires sur la rotation.

Programme des éclaircies
Âge (ans)Rang d’éclaircieTaux de prélèvementDensité après éclaircie (tiges/ha)
20 à 251re50 %550 à 660
27 à 322e40 %330 à 400
35 à 403e30 %230 à 280
45 à 504e25 %170 à 210
55 à 605e20 %170

La première éclaircie intervient vers 20 à 25 ans, les suivantes tous les 7 à 10 ans avec un prélèvement dégressif. Dans les peuplements mélangés, les premières éclaircies récoltent en priorité les résineux d’accompagnement.

L’élagage artificiel est indispensable pour obtenir du bois de qualité sans nœud. Seuls les 250 plus beaux arbres sont élagués, jusqu’à 6 m environ, si possible en deux passages : un premier sur 3 m lorsque les arbres atteignent 8 à 10 m, un second jusqu’à 6 m au moment de la première éclaircie.

En bonne station, les peuplements adultes possèdent une bonne capacité de régénération naturelle.

Quelles sont les propriétés du bois de cèdre ?

Le bois de cèdre a une identité forte : léger, durable, odorant. Ses limites mécaniques sont tout aussi nettes et déterminent ses emplois.

Le bois est brun jaune à brun rougeâtre, au fil droit et au grain moyen. Son odeur, forte et persistante, éloigne les insectes, propriété recherchée notamment contre les mites. Sur quartier, une légère maillure brune est visible.

Propriétés physiques
Propriétés physiquesValeur (moyenne, à 12 % d’humidité)
Densité0,51
Dureté Monnin2,4
Coefficient de retrait volumique0,37 %
Retrait tangentiel total6,0 %
Retrait radial total4,1 %
Point de saturation des fibres28 %
Stabilité en serviceStable
Propriétés mécaniques
Propriétés mécaniquesValeur (moyenne, à 12 % d’humidité)
Contrainte de rupture en compression42 MPa
Contrainte de rupture en flexion statique82 MPa
Module d’élasticité longitudinal10 100 MPa

Le cèdre est un bois léger, tendre et de résistance mécanique faible à moyenne. Cassant et peu adapté aux usages porteurs, sauf en poteaux, il excelle en revanche pour les emplois d’extérieur non structurels.

Sur la durabilité, le bois de duramen est durable à très durable vis-à-vis des champignons (classe 1-2), durable face aux insectes de bois sec, moyennement durable face aux termites. Il relève de la classe d’emploi 3, hors contact du sol et à l’extérieur, à condition d’être purgé d’aubier. Il est peu imprégnable. Le duramen ne nécessite pas de traitement de préservation en emploi hors sol ; l’aubier, lui, doit toujours être considéré comme non durable.

Le séchage est rapide, sans risque notable de déformation, de cémentation, de gerces ni de collapse. À l’usinage, l’effet désaffûtant est normal, avec présence de petits nœuds durs à surveiller. Le clouage et le vissage tiennent bien, avec avant-trous nécessaires ; le collage est correct.

Que vaut le bois de cèdre et à quoi sert-il ?

La valorisation du cèdre est aujourd’hui contrainte par la faible ressource mobilisable en France. Les débouchés existent, mais le marché reste étroit tant que les volumes récoltés ne montent pas en puissance.

La production de bois d’œuvre commence vers 50 ans. Les coupes intermédiaires fournissent des petits sciages et du bois de charpente industrielle, ou trouvent une valorisation spécifique en fuste.

Chaîne produit
StadeProduitEmploi principal
Éclaircies intermédiairesPetits sciages, bois d’industrieCharpente industrielle, fuste
Bille de pied (arbres élagués, purgés d’aubier)Sciage de qualité, placage tranchéMenuiserie intérieure et extérieure, bardage, lames à volets, ébénisterie
Surbille et houppierBois de moindre qualitéEmplois secondaires, bois énergie

La distinction entre bille de pied et surbille est déterminante pour la valeur : seule la première, élaguée et purgée d’aubier, accède aux emplois nobles et à la classe d’emploi 3. Le bois noble de cèdre est traditionnellement celui des pays du pourtour méditerranéen.

Sur les prix, aucune référence chiffrée fiable et actuelle n’est disponible dans les sources institutionnelles pour cette essence, dont le marché reste marginal. Toute valeur doit être qualifiée selon l’essence, la classe de produit, la localisation et le moment de marché, puis rapportée aux résultats d’adjudication publics. Cette rubrique est à actualiser à partir de ventes documentées. Nos propres relevés, pour les essences à marché établi, figurent dans notre étude sur le prix du bois.

Quels risques menacent une plantation de cèdre ?

La protection du cèdre est d’abord préventive et stationnelle. Les risques biotiques directs sont limités ; le principal facteur de dépérissement reste l’inadéquation station-essence.

Gibier
GibierNature du risquePrévention
Lapins, lièvresEssence particulièrement appétante, abroutissement des jeunes plantsProtection individuelle en cas de présence avérée
Grand gibierFrottis sur pousse terminaleVigilance à l’installation, protection si pression forte
Agents biotiques
AgentNature du risquePrévention
Hylobe (charançon)Consommation d’écorce sur jeunes plants après exploitation résineuseDécalage de plantation, surveillance après coupe rase
Fomès (Heterobasidion)Pourriture, contamination par les souches lors de l’exploitationTraitement systématique des souches à l’exploitation

Le levier de protection le plus efficace reste le choix de la station. Un cèdre installé hors de ses conditions optimales devient vulnérable aux aléas climatiques, dont les effets sanitaires sont durables. Provenance sélectionnée, station adaptée et sylviculture soignée constituent la ligne de défense principale.

Quelles sont les limites du cèdre de l’Atlas ?

Cette section pèse honnêtement les contraintes de l’essence. Elle est le contrepoint indispensable à la réputation d’essence d’avenir.

Le cèdre de l’Atlas est une essence exigeante, plus qu’il n’y paraît. Ses limites doivent être posées sans détour.

L’exigence stationnelle est le premier facteur d’échec. Les sols argileux, compacts, engorgés, hydromorphes, chimiquement pauvres, superficiels ou chargés en cailloux lui sont défavorables. Espérer compenser un mauvais sol par un climat favorable est un mauvais calcul : la poursuite du changement climatique rend la météorologie plus aléatoire, avec des années marquées qui ne fournissent pas les compensations attendues.

La sensibilité aux aléas météorologiques est réelle. Gels tardifs, printemps pluvieux, été trop chaud dégradent durablement l’état sanitaire, davantage en altitude et en exposition sud.

Le repère de terrain est sévère : après 15 ans, un peuplement dont la hauteur est inférieure à 6 m est en difficulté et doit être orienté vers un renouvellement par introduction d’autres essences.

Le risque de l’investissement croît avec la surface. La plantation monospécifique de grande étendue est d’autant plus hasardeuse ; l’insertion en mélange ou en enrichissement à faible proportion réduit l’exposition.

Le bois, enfin, est cassant et impropre aux usages porteurs. Sa valorisation dépend d’une ressource encore faible, ce qui limite aujourd’hui la profondeur du marché.

Ce que le cèdre représente pour un propriétaire

Traduit dans la langue de l’épargne, le cèdre de l’Atlas n’est pas un placement, c’est une prise de position.

Les cinq essences précédentes de cette série se lisent par leur duration et leur profil de revenu. Le cèdre se lit d’abord par sa probabilité d’échec. L’étude conduite par le CNPF Auvergne-Rhône-Alpes sur cent trente-sept placettes établit que, dans trente-cinq pour cent des cas où des arbres dégradés ou morts sont observés, l’avenir du peuplement est incertain quant à la production et au renouvellement. Aucune autre fiche de cette série ne porte un tel chiffre, et il doit précéder toute considération de rendement.

Trois conséquences pour un patrimoine.

La ressource est mince et le marché l’est aussi. Vingt mille hectares en France, aucune mercuriale de référence, aucun prix publié sur source primaire. Un actif dont on ne connaît pas le prix de sortie n’est pas évaluable dans un bilan patrimonial : il s’y inscrit à sa valeur d’établissement, pas à une valeur de marché.

Le calendrier est long avant le premier produit noble. Les éclaircies commencent vers vingt à vingt-cinq ans, mais le bois d’œuvre ne vient qu’à partir de cinquante ans, pour une exploitabilité située entre soixante et cent ans. C’est une duration de futaie, sans la profondeur de marché du chêne ni la régularité du douglas.

Le dimensionnement du risque est donc la seule décision qui compte. La fiche le dit sans détour : le risque croît avec la surface, et l’introduction en mélange ou en enrichissement à faible proportion réduit l’exposition. En termes patrimoniaux, le cèdre relève de l’allocation marginale d’un massif, jamais de son socle. C’est une option prise sur un climat futur, et une option se dimensionne pour que sa perte reste supportable.

Nous développons cette lecture du capital sur pied dans le Livret Arbre.

Questions fréquentes sur le cèdre de l’Atlas

Le cèdre de l’Atlas est-il une essence adaptée au changement climatique ?

Son potentiel de résistance à la chaleur et à la sécheresse est réel, mais conditionné au respect strict de ses besoins stationnels. Les mesures de terrain montrent qu’une part significative des plantations échoue faute d’une station adaptée. C’est un candidat sérieux sur bonne station, un pari risqué ailleurs.

Sur quels sols faut-il l’installer ?

Les sols filtrants, de texture sableuse à limono-sableuse, d’une profondeur supérieure à 50 cm, éventuellement sur roche calcaire fissurée, conviennent. Les sols lourds, argileux, engorgés, superficiels ou caillouteux sont à écarter.

Faut-il redouter un échec sur les jeunes plantations ?

La vigilance porte sur la concurrence herbacée, l’appétence pour lapins et lièvres, et l’hylobe après exploitation résineuse. Un léger abri latéral bénéficie aux jeunes plants, ce qui invite à modérer le dégagement plutôt qu’à l’intensifier.

Quand attendre les premiers produits commercialisables ?

La production de bois d’œuvre débute vers 50 ans. Les éclaircies intermédiaires, à partir de 20 à 25 ans, fournissent des petits sciages et du bois d’industrie avant cette échéance.

Quelle place donner au cèdre dans un peuplement à renouveler ?

L’introduction en enrichissement à faible proportion ou en îlots dans un peuplement en cours de renouvellement limite le risque, tout en préparant une évolution vers le mélange. Cette voie est préférable à la plantation monospécifique de grande surface.

Le bois de cèdre a-t-il une valeur marchande établie ?

Sa durabilité naturelle et son odeur en font un bois recherché pour les emplois d’extérieur non structurels et la menuiserie. Sa valeur reste toutefois liée à une ressource française encore faible, sans mercuriale de référence, ce qui impose de raisonner au cas par cas et par adjudication.

Sources

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Adrien Sebastiao, TerrAgree Forêt Mis à jour le 9 août 2026

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