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L’usage réel du territoire, entre agriculture, forêt et zones humides

La première partie de cet article a décrit la répartition de la population et l'expansion des villes. Celle-ci décrit ce que devient le reste du territoire : l'agriculture qui se concentre, la forêt qui progresse là où l'agriculture recule, et les milieux que l'on a longtemps délaissés.

Adrien Sebastiao, TerrAgree Forêt · Mis à jour le 22 septembre 2021

Des espaces adaptés à une agriculture productiviste

La surface agricole utilisée représentait environ 27 millions d’hectares en 2020, soit 49 % du territoire national, contre 56 % dans les années quatre-vingt. La France a donc perdu près de 7 % de sa surface agricole en une trentaine d’années.

Le foncier

Les lois d’orientation agricoles de 1960 et 1962 ont ordonné une modernisation qui passait par la restructuration du foncier. Les sociétés d’aménagement foncier et d’établissement rural, sociétés privées placées sous contrôle de l’État, ont été créées pour favoriser le remembrement.

L’effet se lit sur les photographies aériennes. Dans les années cinquante, le parcellaire était fait de petits lopins, dont la taille correspondait à ce qu’un animal de trait pouvait travailler dans une journée. Aujourd’hui, les parcelles sont dimensionnées pour le matériel moderne. La surface urbanisée, elle, a peu bougé.

Village de la Marne, années 1950 et aujourd’hui. Source à renseigner.

La main-d’œuvre

Les périodes d’exode rural ont eu raison des bras. Dans les années quatre-vingt, 30 millions d’hectares étaient exploités par 1,6 million d’agriculteurs. En 2019, 27 millions d’hectares l’étaient par 400 000 personnes. La surface moyenne par exploitant est passée de 19 à 67 hectares, soit une multiplication par trois et demi en quarante ans.

Les hommes et les animaux de trait ont été remplacés par la mécanique. Les premiers tracteurs développaient 20 à 30 chevaux ; on en trouve aujourd’hui couramment dix fois plus puissants.

Le rendement

Restait la question des rendements. La chimie entre dans l’agriculture au cours des années cinquante et maîtrise les attaques d’insectes et le développement des champignons. La production augmente en quantité comme en qualité, et les carences alimentaires disparaissent. La France devient la première puissance agricole européenne.

Ce système productiviste a ses déboires, mais il faut se souvenir de ce qu’il a permis : affranchir une société toujours plus nombreuse de la famine et de l’insuffisance alimentaire.

En 2020, la production céréalière occupe 32 % de la surface agricole utilisée, les surfaces toujours en herbe 29 %, les prairies temporaires ou artificielles 11 %. Trois familles de production couvrent donc 72 % de la surface agricole.

Cette répartition pèse directement sur l’usage des produits phytosanitaires. Les grandes cultures, blé, orge, colza, betterave, pomme de terre, en consomment de trois à vingt fois plus que les prairies. On comprend mieux, dans ce contexte, l’intensité des débats sur certaines substances.

L’expansion de la forêt

L’inventaire forestier national définit la forêt comme un territoire d’au moins cinquante ares, portant des arbres pouvant dépasser cinq mètres à maturité, avec un couvert boisé de plus de 10 % et une largeur moyenne d’au moins vingt mètres. Les terrains dont l’usage dominant est agricole ou urbain en sont exclus.

Sur cette base, la forêt couvrait 16,9 millions d’hectares en 2020, soit environ 30 % du territoire métropolitain. Depuis le début du vingtième siècle, la surface forestière a progressé de plus de 70 %.

Cette progression vient d’abord de la déprise agricole dans les zones difficiles à exploiter. Elle s’est donc concentrée dans les massifs de montagne, Massif central, Alpes, Pyrénées, Vosges, Jura. Le Fonds forestier national a par ailleurs permis le reboisement de 2 millions d’hectares. En plaine, où la mécanisation est aisée, la forêt a peu progressé, et parfois reculé.

Secteur de Mende, années 1950 et aujourd’hui. Source à renseigner.

Une forêt privée

Les trois quarts des forêts appartiennent à des propriétaires privés. La forêt privée se distingue de la forêt publique, qui se partage entre les forêts domaniales, 1,5 million d’hectares, et les autres forêts publiques, 2,7 millions.

Les disparités régionales sont fortes. Dans le Grand Est et en Bourgogne-Franche-Comté, la forêt publique représente 70 % des surfaces, quand elle est presque absente dans les Landes.

Un point mérite d’être rappelé. Les forêts privées sont rarement clôturées, hors quelques régions comme la Sologne. Un promeneur en forêt se trouve donc le plus souvent sur une propriété privée pour laquelle il ne verse aucune contrepartie et sur laquelle il ne détient aucun droit.

Les essences

La forêt française est majoritairement feuillue, et le chêne en est l’ambassadeur avec 64 % du volume de bois sur pied. Les conifères représentent un stock d’environ un milliard de mètres cubes. Ils sont aujourd’hui critiqués, le douglas au premier chef, pour être conduits en peuplements d’une seule essence et à l’échelle industrielle.

Deux manières de conduire une forêt

La sylviculture régulière passe par une coupe rase : tous les bois d’une parcelle sont récoltés, avant régénération naturelle ou plantation.

La sylviculture irrégulière, ou à couvert continu, ne recourt jamais à la coupe rase hors problème sanitaire majeur. Elle prélève régulièrement quelques bois au sein de la parcelle, dont les vides se régénèrent naturellement.

La seconde progresse, parce qu’elle est plus douce pour le milieu et les espèces. Elle répond moins bien, en revanche, aux attentes de l’industrie.

Ce que devient le bois

Le bois français a schématiquement six destinations. Les feuillus de qualité vont à l’ameublement, parquet, cuisine, mobilier, et leurs sous-produits à la biomasse, bois de chauffage et bois énergie. Les conifères vont à la construction, charpente, et à l’emballage, palette, et leurs sous-produits à la pâte à papier, aux panneaux reconstitués et aux granulés. L’intérêt de produire du bois est de pouvoir l’utiliser.

Les plus grandes scieries françaises sont équipées pour travailler des bois très standardisés, sur le modèle germanique et scandinave, afin de rester compétitives à l’échelle européenne. De leur point de vue, la conduite en irrégulier est une aberration économique : leur matériel n’y est pas adapté, pas plus que celui des entreprises qui abattent et débardent.

La filière forêt-bois représente environ 400 000 emplois en France, davantage que l’industrie automobile. La forêt est donc au centre des débats parce qu’elle joue un rôle économique autant qu’écologique.

Les landes et les zones humides

Elles représentent les 12 % restants du territoire. Les landes sont des formations basses qui se développent sur des sols très pauvres ou acides. Les zones humides regroupent les étangs, les lacs et les marais.

L’homme les a longtemps délaissées, parce qu’elles étaient peu productives, insalubres et difficiles à aménager. Elles restent aujourd’hui encore mal connues.

Zone humide. Source à renseigner.

Les biologistes s’y sont intéressés et y ont trouvé de véritables refuges pour les espèces. La plupart sont désormais répertoriées à l’échelle nationale et européenne et font l’objet de mesures de protection spécifiques.

Ce que cet état des lieux permet de comprendre

Le monde rural, la forêt, les landes et les zones humides sont devenus des espaces stratégiques, porteurs d’enjeux considérables. Ces mondes s’opposent, mais ils peuvent aussi se comprendre si l’on explique leur évolution, les impératifs de chaque époque, les choix qui ont été faits et ceux qu’il faudra faire.

Sur le terrain de la communication, des associations à vocation écologiste ont pris la parole médiatique à la place des acteurs du monde rural. Ce travail a été si efficace que beaucoup critiquent aujourd’hui ceux-là mêmes qui ont affranchi la France de la famine. Les agriculteurs comme les forestiers ont commis des erreurs, usage intensif des pesticides, recours trop fréquent aux coupes rases. Ces pratiques reculent, et les technologies nouvelles permettent de rationaliser.

Combler le fossé suppose d’expliquer, de faire preuve de pédagogie et d’ouverture. Les pratiques changent et tiennent de plus en plus compte des impératifs environnementaux.

Les problématiques des citadins ne seront jamais celles des ruraux. Un Parisien peut renoncer à sa voiture pour ne circuler qu’à vélo ; c’est autrement plus difficile pour celui qui doit se rendre chaque jour d’un village à la ville voisine.

Pourquoi ne pas se souvenir de ses origines rurales et faire appel au bon sens paysan qui existe en chacun de nous, pour faire preuve de modestie et de compréhension ? Communiquons pour mieux nous comprendre.

Sources : INSEE, Agreste, inventaire forestier national.

L’auteur

Adrien Sebastiao

Le monde rural et l’environnement sont des secteurs où les enjeux sont immenses. Entre préservation des espèces, besoins alimentaires, productivité, rentabilité et attentes écologiques, les acteurs ancestraux peinent à trouver leur place. Dans ces domaines où rien n’est tout noir ou tout blanc, tout reste à faire et les possibilités sont infinies.

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