Un massif coupé en deux par la frontière de 1871, et un marché qui ne s'écrit nulle part
Adrien Sebastiao, TerrAgree Forêt · Mis à jour le 13 août 2026
Le fait le plus remarquable tient en un chiffre absent. Sur 41 000 hectares, l’inventaire ne recense aucun hectare de conifères purs, ni aucun mélange de conifères (IGN, 2020-2024). Le mélange de deux feuillus occupe 16 000 hectares, les mélanges de feuillus variés 15 000, les feuillus purs 9 000, et le mélange de conifères et de feuillus se limite à 1 000. C’est le seul des cinq massifs entièrement feuillu, à l’opposé exact de l’Ardenne.
La couverture associe les cailloutis pliocènes du plateau et les placages de loess. Le millionième les classe en texture grossière drainante : réserve utile notée 3 sur 5, contrainte principale la sécheresse estivale (clé BRGM transcrite par TerrAgree). Un sol qui ne stocke qu’à moitié, sur un massif chaud.
Le gradient climatique est le plus violent du lot, et il se joue sur vingt-cinq kilomètres. À Joncherey, 359 mètres, on compte 22,2 jours par an au delà de trente degrés, le maximum des cinq massifs, et 7,9 jours de gelée en avril et mai, note 4 sur 5, axe dominant gel. À Lucelle, 690 mètres, sur le Jura alsacien, ces mêmes jours de forte chaleur tombent à 5,6 et le déficit hydrique estival à 33,9 millimètres, la valeur la plus faible que nous ayons relevée dans tout le lot. Entre les deux, Carspach, 332 mètres, seule station complète du secteur et rattachement de soixante-quatre communes, ressort à 159,5 millimètres de déficit, 17,4 jours de forte chaleur et une note de chablis de 3 sur 5 (Météo-France, séries trentenaires). Réserve à porter au dossier : Lucelle, Joncherey et Saint-Dizier-l’Évêque ne mesurent pas le vent, l’exposition aux chablis n’y est pas documentée.
La lecture sylvicole suit ce gradient. Le hêtre, qui réclame plus de 750 millimètres et dont la résistance à la sécheresse est notée 2 sur 4 (ONF Grand Est, juin 2020), est à sa place sur le Jura alsacien et en limite sur les cailloutis drainants du bas Sundgau. Le chêne sessile, pivotant profond, tient l’ensemble. Une essence feuillue plantée aujourd’hui à Joncherey et une autre plantée à Lucelle ne relèvent pas de la même décision.
Le périmètre compte 210 établissements de la filière et seize scieries, mais une seule dépasse vingt salariés, les Établissements Edmond Lutz et Fils à Durlinsdorf. À ses côtés, Emballages Industriels Logistique Services à Tagolsheim, 20 à 49 salariés, l’ETF Hagmann David à Seppois-le-Bas, et un pôle de reboisement à Ueberstrass avec les pépinières Wadel-Wininger et l’entreprise Wadel. Les capacités lourdes sont hors massif : Schilliger Bois à Volgelsheim, 100 à 199 salariés, et Burger et Cie à Liepvre, 250 à 499 salariés, première entreprise bois du département. Le fichier Sirene arrêté au 25 juillet 2026 ne distingue pas le résineux du feuillu et son géocodage demeure partiel : ces effectifs sont un plancher.
Deux conséquences pour le propriétaire. La première transformation de proximité existe mais reste artisanale, ce qui expose la belle grume au transport vers Mulhouse et la plaine. En revanche, la frontière suisse touche le massif et la frontière allemande passe à quelques dizaines de kilomètres : le bassin d’acheteurs potentiels déborde largement le territoire national. Nos fichiers ne mesurent pas ces flux et nous ne les chiffrons pas, mais un vendeur qui n’interroge que des acheteurs français dans le Sundgau restreint sa mise en concurrence sans nécessité.
Le droit local commande tout, et il produit un contraste que l’on ne voit nulle part ailleurs en France. La partie alsacienne relève du régime propre à l’Alsace-Moselle, où la chasse est communale et louée par la commune, et où les associations communales de chasse agréées issues de la loi Verdeille ne s’appliquent pas. La partie belfortaine, détachée du Haut-Rhin en 1871 et restée française, relève du droit commun.
Le résultat se lit dans les tableaux. Le Haut-Rhin a prélevé 8 652 sangliers en 2024 contre 11 000 dix ans plus tôt, un recul de vingt et un pour cent, seul département de tout le lot où la pression diminue. Sur la même période, le Territoire de Belfort passe de 542 à 1 105 prélèvements, un doublement (tableaux de chasse départementaux, 2024). Nous constatons cette divergence, nous n’affirmons pas qu’elle tient au seul régime juridique. Sur le chevreuil, l’exécution du plan de chasse ressort à 66 pour cent dans le Haut-Rhin, 10 020 réalisations pour 15 211 attributions, et à 74 pour cent dans le Territoire de Belfort.
Le morcellement, enfin, est le plus prononcé des cinq massifs. Côté belfortain, la surface médiane de mutation s’établit à 1,62 hectare et une seule vente sur quatre-vingt-six dépasse vingt-cinq hectares.
Nous ne publions pas de prix médian à l’échelle du Sundgau. Une médiane de massif suppose un rattachement des communes à la région naturelle que notre chaîne de traitement ne porte pas, et nous ne diffusons aucun chiffre qui ne soit pas recalculable au seuil de 4,5 kilomètres. Les prix qui suivent sont donc départementaux et se lisent comme tels : le Sundgau ne couvre qu’une part du Haut-Rhin et du Territoire de Belfort.
C’est ici qu’il faut écrire ce que les annonces évitent. Sur les 135 communes du périmètre, la base des demandes de valeurs foncières ne contient aucune mutation dans le Haut-Rhin. Aucune. Les 78 lignes enregistrées relèvent toutes du Territoire de Belfort. Cela ne signifie pas que les forêts sundgauviennes ne se vendent pas : en Alsace-Moselle, la publicité foncière passe par le Livre foncier et non par le fichier immobilier, et la base DVF n’en reçoit rien. Aucune médiane n’est donc publiable dans le Haut-Rhin, et tout prix au mètre carré ou à l’hectare affiché pour ce département a été extrapolé d’ailleurs.
Côté belfortain, l’échantillon existe mais reste mince. Le département compte 86 mutations de parcelles boisées d’un hectare et plus entre 2021 et 2025. Sur le seul périmètre sundgauvien, seize mutations. Aucune valeur n’y est publiable : le Territoire de Belfort ne franchit pas notre seuil éditorial et ne porte pas de page.
En amont, le repère se prend sur le hêtre, essence de tête d’un massif sans conifères. Vendu sur pied en adjudication, le hêtre de plus d’un mètre cube valait 67,70 euros le mètre cube au premier semestre 2022 et 73,25 au premier semestre 2025, une progression de huit pour cent, sur des volumes analysés de 855 puis 1 631 mètres cubes et une fiabilité qualifiée de moyenne aux deux bornes. Source : mercuriale TerrAgree d’après EFF et CNIEFEB, France entière, la nomenclature ayant changé au second semestre 2025, les millésimes suivants ne sont pas comparables.
Il faut en tirer la conséquence de méthode, et elle est structurante. Dans le Sundgau alsacien, la comparaison de marché est indisponible, non par négligence mais par construction du droit. La valeur technique, fondée sur le cubage, la station et l’état des peuplements, y redevient la seule base défendable devant un notaire, un acquéreur ou un juge. C’est le massif où l’expertise ne peut pas se replier derrière un prix moyen.
Biens disponiblesCette sélection reprend les biens de la page Forêts à vendre, filtrés sur le Haut-Rhin et le Territoire de Belfort. Aucune propriété sundgauvienne n’est actuellement présentée à la vente par le cabinet. Les biens paraissent ici dès leur mise en ligne.
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Homo et arbor radices habent