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Marque du pôle Patrimoine L’Observatoire · Étude n° 3

Forêt, immobilier parisien et ETF MSCI Europe (2009–2024)

Cette étude compare trois classes d’actifs de nature différente : la forêt, actif tangible rural ; l’immobilier parisien, actif tangible urbain ; et un ETF répliquant l’indice MSCI Europe, actif financier coté. L’objectif est d’analyser leurs trajectoires respectives sur la période 2009–2024, afin de mieux comprendre leur comportement face aux crises, à l’inflation et aux grands bouleversements économiques et géopolitiques.

L’immobilier parisien a été retenu non parce qu’il résumerait à lui seul le marché français, mais en raison de sa visibilité internationale et de son statut de place de référence. L’ETF iShares MSCI Europe, aujourd’hui dénommé iShares Core MSCI Europe UCITS ETF EUR (Acc), lancé en septembre 2009, a été retenu comme proxy coté des marchés actions européens sur la période récente. Les frais de gestion et la fiscalité applicable aux actifs financiers n’ont pas été intégrés dans les calculs ; les résultats doivent donc être lus comme des performances brutes.

Afin de rendre comparables des actifs dont les unités de valeur sont très différentes, l’analyse s’appuie sur un indice base 1 en 2009. Cette méthode permet d’observer les performances cumulées sur quinze ans sans être biaisé par l’écart absolu entre un prix à l’hectare, un prix au mètre carré ou une valeur liquidative d’ETF. Elle permet surtout de comparer plus justement les trajectoires relatives de croissance, de volatilité et de résilience.

Trois actifs, indice base 1 en 2009

0,51,01,52,02,53,03,5 200920122015201820212024 ×3,05 ×1,95 ×1,45 Indice base 1 en 2009 Forêt Immobilier parisien ETF MSCI Europe
Performances brutes, hors frais de gestion et hors fiscalité. Données indicatives reconstituées à des fins comparatives.

Une seconde lecture vient compléter ce premier regard en comparant la forêt et l’immobilier sur une période plus longue, de 2000 à 2024. Ce choix se justifie pour deux raisons. D’une part, l’ETF MSCI Europe, lancé en 2009, bénéficie mécaniquement d’un point d’entrée situé juste après la crise des subprimes, sans intégrer la phase de correction sévère des années 2007–2008. D’autre part, la comparaison entre forêt et immobilier sur vingt-quatre ans permet de mieux mesurer leur performance de long terme, au-delà des seuls cycles financiers.

Évolution de prix forêt / immobilier à Paris

Graphique : prix moyen de la forêt à l'hectare et de l'immobilier parisien au mètre carré, de 2000 à 2024
Prix moyen de la forêt en euros par hectare et de l’immobilier parisien en euros par mètre carré, 2000 à 2024. Données indicatives reconstituées à des fins comparatives.

Comment ces trois actifs réagissent-ils aux crises financières, à l’inflation et aux chocs exogènes ?

Cette étude permet d’apprécier leur degré de complémentarité dans une stratégie patrimoniale diversifiée, en tenant compte non seulement du rendement, mais aussi de la volatilité, de la résilience et de la capacité de chaque actif à absorber les ruptures de contexte.

Sur la période étudiée, la forêt affiche une progression régulière et peu volatile. Le prix moyen des forêts françaises passe d’environ 3 310 € par hectare en 2009 à 4 850 € en 2024, soit une hausse de l’ordre de 43 % en quinze ans. Cette évolution lente mais constante confirme le profil d’un actif patrimonial résilient, relativement décorrélé des cycles financiers et peu exposé aux retournements brusques.

L’immobilier parisien enregistre une progression plus marquée, mais aussi plus cyclique. Le prix moyen passe de 6 250 € par mètre carré en 2009 à 9 573 € en 2024, soit une hausse d’environ 53 % sur la période. Cette trajectoire est particulièrement soutenue entre 2009 et 2021, avec un point haut supérieur à 11 000 € le mètre carré, avant une correction sensible à partir de 2022. Cette inflexion traduit le retour de la contrainte monétaire, le durcissement des conditions de crédit et l’apparition de nouvelles exigences réglementaires, notamment sur le plan énergétique.

L’ETF MSCI Europe est l’actif qui surperforme le plus nettement sur la période. Parti d’une base 1 en 2009, il atteint environ 3,03 en 2024, soit une progression de plus de 200 %. Cette performance est portée par le rebond post-crise financière, puis par une décennie de politiques monétaires accommodantes qui soutiennent fortement les marchés actions européens. Elle s’accompagne toutefois d’une volatilité nettement plus élevée que celle de la forêt et de l’immobilier, avec des corrections visibles lors du choc pandémique de 2020 puis au moment du regain inflationniste et géopolitique de 2022.

Ces écarts de trajectoire s’expliquent en grande partie par le contexte macroéconomique de la période. Entre 2009 et 2019, les taux durablement bas et les politiques de soutien de la Banque centrale européenne stimulent à la fois les marchés financiers et l’immobilier parisien. Les actifs cotés profitent pleinement de l’abondance de liquidité, tandis que l’immobilier bénéficie d’un coût du crédit historiquement faible. La forêt, de son côté, reste moins sensible à cette expansion monétaire, mais confirme sa stabilité et sa capacité à traverser les cycles sans rupture brutale.

Les dimensions sociales et réglementaires jouent également un rôle important. L’attractivité internationale de Paris a longtemps soutenu la demande résidentielle haut de gamme, mais le télétravail, la recherche de qualité de vie et l’essor des villes moyennes ont partiellement redessiné les préférences après la crise sanitaire. Sur le plan réglementaire, l’immobilier devient plus exigeant avec la montée en puissance des contraintes énergétiques. De son côté, la forêt bénéficie d’un environnement plus favorable lié à la montée des enjeux climatiques, à la reconnaissance de son rôle comme puits de carbone et au renforcement progressif des exigences de traçabilité, depuis le RBUE jusqu’à l’entrée en vigueur du RDUE et à sa préparation opérationnelle.

Enfin, les évolutions technologiques accentuent encore les différences de nature entre ces actifs. L’ETF incarne la financiarisation moderne, liquide et instantanée. L’immobilier reste un actif tangible mais plus lourd, plus localisé et plus dépendant du crédit. La forêt, longtemps perçue comme opaque ou illiquide, commence à bénéficier d’outils de suivi, d’analyse de données et de cartographie qui améliorent progressivement sa lisibilité économique.

Trois profils distincts

Au total, cette étude montre trois profils profondément distincts. L’ETF MSCI Europe offre la performance la plus élevée, mais au prix d’une volatilité forte et d’une sensibilité directe aux crises économiques et géopolitiques. L’immobilier parisien apparaît comme un actif puissant mais cyclique, très dépendant des conditions monétaires et réglementaires. La forêt, enfin, progresse plus lentement, mais avec une régularité et une résilience qui renforcent sa place dans une allocation patrimoniale diversifiée. Autrement dit, cette comparaison ne désigne pas un vainqueur universel ; elle rappelle surtout que rendement, stabilité et résilience ne se logent pas dans les mêmes actifs, ni au même moment du cycle.

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