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Prix de la forêt dans la Manche

Dans la Manche, le prix médian d'un hectare de forêt s'établit à 10 435 euros sur 303 mutations enregistrées entre 2021 et 2025. C'est le huitième prix départemental de France métropolitaine, et le quatrième de Normandie derrière la Seine-Maritime, le Calvados et l'Orne.

Adrien Sebastiao, TerrAgree Forêt

Quel est le prix moyen d’un hectare de forêt dans la Manche ?

La médiane départementale ressort à 10 435 euros par hectare. La moitié des mutations se règlent entre 5 411 et 26 669 euros, un écart de un à cinq qui traduit la coexistence de deux marchés : le petit bois de bocage d’un côté, la propriété d’agrément proche du littoral de l’autre.

Mutations de plus de 1 hectare, 2021-2025. Source : données de valeurs foncières DGFiP, parcelles boisées, retraitement TerrAgree, agrégation des mutations multi-communes au seuil de 4,5 kilomètres.
Indicateur, mutations de plus de 1 ha, 2021-2025MancheFrance
Prix médian (€/ha)10 4355 323
1er quartile (€/ha)5 4112 303
3e quartile (€/ha)26 66914 976
Nombre de mutations30386 327
Surface médiane par mutation (ha)2,02,3

La Manche se paie donc près du double du repère national. L’écart entre le premier et le troisième quartile, de un à cinq, est l’un des plus ouverts de France : il n’y a pas un marché dans ce département, il y en a plusieurs.

La série annuelle. Mutations de plus de 1 hectare, retraitement TerrAgree au seuil de 4,5 kilomètres.
AnnéeMutationsPrix médian (€/ha)
20216710 815
20225911 765
2023599 349
2024629 244
20255610 511

Aucune tendance. La série oscille de 9 244 à 11 765 euros sans direction, sur des effectifs annuels d’une soixantaine de mutations où deux ou trois ventes atypiques déplacent la médiane. Nous ne tirons de ces cinq points aucune progression et nous recommandons de n’en tirer aucune.

Le prix par tranche de surface. Mutations de plus de 1 hectare, 2021-2025, retraitement TerrAgree au seuil de 4,5 kilomètres.
TrancheMutationsPrix médian (€/ha)
1 à 10 hectares2769 444
10 à 25 hectares2216 496
25 à 100 hectares4effectif insuffisant
Plus de 100 hectares1effectif insuffisant

Quatre-vingt-onze pour cent des mutations portent sur moins de dix hectares, et cinq mutations en cinq ans dépassent vingt-cinq hectares, seuil du plan simple de gestion. La forêt manchoise ne se vend pas en propriétés, elle se vend en parcelles. Et la seule tranche qui compte assez d’observations pour être lue au-dessus de dix hectares se paie soixante-quinze pour cent plus cher que la tranche courante : ici, la rareté n’est pas le bois, c’est la surface d’un seul tenant.

Le prix DVF est un prix tout compris, sol et bois confondus. Il constitue un plafond de discussion, non une valeur de fonds : la part du capital sur pied ne s’en déduit pas, elle se mesure au cubage.

Les régions naturelles du département

Nous ne publions pas de prix par région naturelle. Une médiane à cette maille suppose un rattachement des communes à la région naturelle que notre chaîne de traitement ne porte pas, et nous ne diffusons aucun chiffre qui ne soit pas recalculable au seuil de 4,5 kilomètres. Les régions ci-dessous se décrivent donc par leurs essences, leurs stations et l’appréciation de nos conseillers, jamais par un prix.

Le Bocage normand, l’Avranchin et le Mortainais se lisent donc ici à travers les indicateurs départementaux, et non par des valeurs qui leur seraient propres.

Les essences et les peuplements

Le département se partage entre deux sylvoécorégions. Au nord, la A11, Ouest-Bretagne et Nord-Cotentin, 228 000 hectares boisés, catégorie dominante le mélange de deux feuillus. Au sud, la A13, Bocage normand et Pays de Fougères, 145 000 hectares boisés, catégorie dominante les feuillus purs, 56 000 hectares contre 23 000 de conifères purs (IGN, 2020-2024). La Manche n’occupe qu’une fraction de chacune et aucun de nos fichiers ne porte sa surface boisée propre.

Chêne et hêtre de bocage dominent, accompagnés de frêne, de châtaignier et d’érable. Le résineux existe mais reste minoritaire et se concentre en boisements de reconquête sur landes.

La contrainte de station n’est pas celle qu’on rencontre ailleurs. Le déficit hydrique estival est négatif sur les douze stations Météo-France du département, de moins 70 à moins 180 millimètres sur la moyenne 1995-2024 : il pleut plus qu’il n’évapore, et la note hydrique ressort à 1 ou 2 sur 5. Le gel tardif est quasi absent, le nombre de jours au-delà de trente degrés se compte sur les doigts d’une main. La seule contrainte forte est le vent. À la pointe de la Hague, la rafale de référence atteint 32,6 mètres par seconde, note de chablis 5 sur 5, la valeur la plus élevée de nos référentiels ; Gouville 31,0 et Gonneville 29,1 suivent, notes 4 sur 5. Un peuplement conduit ici sans réflexion sur la stabilité paie sa densité au premier coup de vent d’ouest.

Les facteurs de prix locaux

Le prix médian de la Manche n’est pas un prix de bois, et le dire est la première honnêteté due au lecteur.

Le premier facteur est la taille. Sur un marché où la mutation médiane pèse deux hectares, le prix à l’hectare intègre un coût fixe d’accès, de bornage et d’acte qui ne se dilue jamais. Le rapport de un à soixante-quinze pour cent entre la tranche courante et la tranche supérieure mesure exactement cela.

Le deuxième est la nature de l’objet vendu. Dans un département de bocage, une parcelle boisée est souvent un complément d’herbage, un abri, une haie épaisse, une réserve de bois de chauffage ou une limite de propriété. L’acquéreur achète un usage, parfois une continuité foncière, rarement un capital sur pied.

Le troisième est la pression foncière générale. La Manche est un département agricole à foncier tendu et à façade littorale continue. La forêt y subit la concurrence de tous les autres usages du sol, et son prix s’y aligne davantage sur celui de la terre que sur celui du bois qu’elle porte.

Le quatrième est la filière, et il joue à la baisse sur la valeur du bois. Le département compte 387 établissements de la filière, dont 30 scieries : deux seulement dépassent vingt salariés, Kunkel au Teilleul, 50 à 99 salariés, et l’Établissement de travail protégé de Saint-James, 20 à 49. L’aval est mieux pourvu que l’amont, avec Laudescher à Carentan-les-Marais, les Ateliers Aubert Labansat à Coutances et la Menuiserie Meslin à La Haye, chacun de 50 à 99 salariés, et Lacroix Emballages à Juvigny les Vallées (Sirene, 25 juillet 2026 ; le code d’activité ne distingue pas le résineux du feuillu et le géocodage reste partiel, ces listes sont un plancher). Un propriétaire manchois vend donc son bois d’œuvre feuillu à peu d’acheteurs de première transformation, et le prix bord de route en tient compte.

Les profils d’acquéreurs

Le professionnel du bois est ici marginal. Il cherche du capital sur pied mobilisable et des lots d’un tenant ; la structure foncière ne les lui donne pas.

L’institutionnel et le grand compte sont absents du département. Cinq mutations en cinq ans au-delà de vingt-cinq hectares ne constituent pas un marché adressable pour un groupement forestier d’investissement.

Le particulier fait le marché, et c’est lui qui fixe le prix. Voisin agricole qui arrondit son parcellaire, résident qui achète l’arrière de sa maison, chasseur, acquéreur de transmission. Aucun de ces trois profils ne raisonne en euros par mètre cube, et c’est la raison pour laquelle la médiane manchoise se tient à près du double du repère national dans un département sans économie forestière.

Les contreparties

Un acquéreur qui entre ici sur la foi du seul prix médian doit avoir trois choses en tête.

La liquidité à la revente est celle d’un marché de proximité. Ce qui se vend cher à un voisin ne se vend pas au même prix à un tiers, et le cercle des acquéreurs d’une parcelle de deux hectares enclavée est court.

Le rendement forestier est faible et il n’est pas le motif d’achat. Le prix payé n’a pas de contrepartie en production de bois : la valeur technique d’un peuplement de bocage manchois se situe très en dessous des niveaux constatés à la transaction.

La charge de gibier progresse. Le département a réalisé 2 781 sangliers en 2024 contre 1 722 dix ans plus tôt, et 7 904 chevreuils contre 3 538, soit un plan de chasse chevreuil exécuté à 91 pour cent sur des attributions qui ont doublé (tableaux de chasse départementaux, 2024). La protection des régénérations n’est plus une option.

Questions fréquentes

Pourquoi la Manche est-elle huitième de France alors qu’elle n’a presque pas de forêt ?

Parce que le classement porte sur le prix à l’hectare, pas sur la valeur forestière. Un département de très petites parcelles à forte pression foncière produit mécaniquement un prix à l’hectare élevé.

Le prix médian s’applique-t-il à ma parcelle ?

Seulement si elle ressemble à la mutation médiane, deux hectares, en bocage, avec un voisin intéressé. Au-delà de dix hectares, la référence utile est 16 496 euros ; en dessous, la dispersion entre 5 411 et 26 669 euros interdit toute extrapolation directe.

Le prix a-t-il monté depuis 2021 ?

Non, et nous ne publions pas de tendance. La série annuelle oscille sans direction sur des effectifs trop courts pour être lus.

Que vaut le bois sur pied dans la Manche ?

C’est une autre question que celle du foncier, et elle relève de la mercuriale, pas de la DVF. Le prix DVF est un prix tout compris, sol et bois confondus : c’est un plafond, pas une valeur de fonds.

Puis-je faire un plan simple de gestion ?

Le seuil est de vingt-cinq hectares d’un seul tenant. Cinq mutations en cinq ans l’ont dépassé dans le département : la question ne se pose, en pratique, que pour des propriétés déjà constituées.

Évaluation

Faire évaluer une forêt dans la Manche

Une médiane départementale ne vaut pas expertise. Le cabinet intervient dans la Manche en gestion forestière comme en transaction, et conduit l’évaluation forestière sur pièces et sur le terrain.

Faire évaluer ma forêt dans la Manche Voir les forêts à vendre Adrien Sebastiao, TerrAgree Forêt Mis à jour le 8 août 2026

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