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Pourquoi existe-t-il des tensions entre monde rural et urbain?

Les tensions entre citadins et ruraux s'aggravent depuis quelques années, et la répartition de l'espace en donne la première explication. Les citadins représentent 80 % de la population et occupent environ 10 % du territoire. Les ruraux, 20 % de la population, disposent de 90 % de la surface.

Adrien Sebastiao, TerrAgree Forêt · Mis à jour le 22 septembre 2021

Le terreau de la division

Un fossé s’est creusé entre producteurs et consommateurs. Dans les années cinquante, un citadin achetait ses fruits, ses légumes et sa viande sur un marché ou chez le producteur, et un échange avait lieu : on pouvait expliquer comment le produit avait été cultivé ou élevé. L’avènement de la grande distribution a supprimé cette conversation.

Les filières agricoles et forestières portent leur part de responsabilité dans ce silence. Elles sont longtemps restées dans l’ombre de la distribution, loin des médias, et n’ont pas raconté leur métier.

Le résultat est visible. Des agriculteurs sont pris à partie dans leurs champs pendant qu’ils traitent, et les mises en cause se multiplient. La prise de conscience sur l’impact environnemental des activités humaines a rencontré un monde rural qui ne communiquait pas.

L’écologie occupe désormais une place centrale dans le débat public. Les sujets sont techniques, les scientifiques eux-mêmes peinent à les exposer simplement, et la divergence des points de vue a fait naître des communautés de conviction qui s’opposent frontalement. Sur fond de crise sanitaire, ce fractionnement constitue une difficulté supplémentaire pour l’unité et le développement des territoires.

L’aménagement du territoire devient dans ce contexte un enjeu majeur. Les 55 millions d’hectares de l’hexagone doivent à la fois alimenter et loger une population qui croît, protéger des espèces menacées par le climat et par les activités humaines, et soutenir le développement des filières agricoles et forestières.

Cet article ne dit pas ce qui est bien ou mal. Il dit ce qui est, en rappelant que derrière chaque pratique il y a une économie et des hommes qui la défendent.

La géographie du territoire français

Le territoire national représente 55 millions d’hectares, et l’homme n’a jamais cessé de l’aménager, c’est-à-dire d’organiser l’espace disponible pour répondre à ses besoins. Selon les époques, ces besoins en alimentation, en logement ou en énergie ont façonné le paysage que nous connaissons.

La vie économique s’organise aujourd’hui autour de quelques zones. Depuis la révolution industrielle et les exodes ruraux, les populations, les activités, les administrations et les services se sont concentrés autour de grandes métropoles, Paris, Lyon, Marseille, Bordeaux, situées au cœur des réseaux de transport. Le climat et la maritimisation des échanges ont rendu les zones littorales tout aussi dynamiques, et les secteurs frontaliers sont devenus des plateformes d’échange.

Carte des principales villes françaises. Source à renseigner.

À l’inverse, les régions centrales et les anciennes régions industrielles sont moins vivantes. Là où l’activité agricole domine, les services de proximité ont disparu ou n’ont jamais existé, et le chômage est élevé. Ces espaces sont en pleine mutation, et ils concentrent une grande part des nouvelles attentes de la société.

L’expansion des villes

Depuis la fin de la seconde guerre mondiale, la population de la France métropolitaine est passée de 40 à environ 65 millions d’habitants, soit une hausse de 60 % en soixante-quinze ans. Elle tient d’abord à la forte natalité des années 1946 à 1960 et à l’allongement de la durée de vie, d’une vingtaine d’années sur la période. L’immigration n’y joue qu’un rôle limité.

Évolution de la population métropolitaine de 1946 à 2021. Source à renseigner.

La densité moyenne s’établissait à 119 habitants au kilomètre carré en 2020, avec de fortes disparités : 1 200 en Île-de-France, 58 en Bourgogne-Franche-Comté, 65 en Centre-Val de Loire. Les citadins représentent aujourd’hui entre 70 et 80 % de la population, contre environ 40 % avant la guerre.

La population se répartit dans quelque 36 000 communes, dont 41 dépassent 100 000 habitants. Les cinquante plus grandes aires urbaines, qui regroupent environ 9 000 communes, concentrent près de 38 millions d’habitants : un quart des communes rassemble 58 % de la population.

La croissance se fait désormais en périphérie plutôt que dans les agglomérations elles-mêmes. Les néo-citadins ont quitté les campagnes pour une vie hybride, proche des commerces, de l’emploi et des services, sans renoncer à la maison et au jardin. Les habitants des hypercentres ont suivi le mouvement inverse, gagnant les banlieues pour accéder à la propriété.

Le prix de l’immobilier a joué son rôle. La forte hausse observée dans les grands centres urbains depuis les années 2000 a réservé l’accès à la propriété aux revenus les plus élevés. Un appartement se vend environ 10 000 euros le mètre carré à Paris, contre 2 000 à 3 000 euros à Meaux, à quarante kilomètres à l’est.

L’artificialisation des sols

Cette concentration en périphérie a des conséquences directes sur l’occupation du sol.

Est lyonnais, années 1950 et 2019. Source à renseigner.

Deux photographies aériennes de l’est lyonnais, prises à une soixantaine d’années d’intervalle, le rendent visible. Dans les années 1950, les zones agricoles représentaient environ 70 % de la surface, les espaces urbanisés 25 à 30 %, la forêt moins de 5 %. En 2019, la tendance s’est inversée : les espaces urbanisés couvrent environ 70 % de la surface, les zones agricoles 20 à 25 %. La forêt, elle, s’est légèrement développée.

Entre 1982 et 2020, le taux d’artificialisation des sols de la France métropolitaine a progressé de 63 %, passant de 5,2 % à 8,5 % du territoire. Ce phénomène est à l’origine de la disparition et du cloisonnement de certains habitats, ainsi que de l’imperméabilisation des sols.

Cet article ouvre une série de deux. Lire la seconde partie, sur l’usage réel du territoire. Sur les acteurs qui se disputent l’espace, voyez les pressions sur le monde rural, et sur le foncier rural lui-même, notre page dédiée.

L’auteur

Adrien Sebastiao

Le monde rural et l’environnement sont des secteurs où les enjeux sont immenses. Entre préservation des espèces, besoins alimentaires, productivité, rentabilité et attentes écologiques, les acteurs ancestraux peinent à trouver leur place. Dans ces domaines où rien n’est tout noir ou tout blanc, tout reste à faire et les possibilités sont infinies.

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