Le plateau où le prix ne dépend pas de la station mais de la taille du lot
Adrien Sebastiao, TerrAgree Forêt · Mis à jour le 13 août 2026
Les feuillus purs occupent 45 000 hectares, le mélange de deux feuillus 51 000, les mélanges de feuillus variés 34 000. Les conifères purs se limitent à 5 000 hectares, moins de quatre pour cent, la proportion la plus faible des cinq massifs (IGN, 2020-2024). La formation de couverture est l’argile à silex, que le millionième classe en texture fine : réserve utile notée 4 sur 5, contrainte principale l’hydromorphie (clé BRGM transcrite par TerrAgree).
Cette réserve n’est pas un luxe, elle est la condition de la forêt. Le Pays d’Othe est le plus sec et le plus chaud du lot. À Saint-Mards-en-Othe, 227 mètres, le déficit hydrique estival moyen 1995-2024 atteint 195,5 millimètres, note 3 sur 5, avec 14,3 jours au delà de trente degrés. À Sens, 70 mètres, le déficit monte à 216,1 millimètres et les jours de forte chaleur à 19,2 (Météo-France, séries trentenaires, stations complètes). Une réserve : la station de Flacy, qui rattache vingt-trois des trente-six communes, s’arrête en 2020 et ne mesure pas le vent ; nous nous appuyons sur les deux stations à jour de 2024 plutôt que sur la plus proche.
Le couple à comprendre est donc celui d’un sol qui stocke et d’un climat qui assèche. Le chêne sessile, tolérance forte à l’acidité et enracinement pivotant profond, y puise ce que la craie nue ne lui donnerait pas. Le hêtre, qui réclame plus de 750 millimètres et dont la résistance à la sécheresse est notée 2 sur 4 (ONF Grand Est, juin 2020), travaille en limite et sera le premier à céder si le déficit s’aggrave. Le silex, lui, n’est pas un détail sylvicole mais un fait commercial : il use les outils de sciage et se paie en décote sur les lots dont l’origine est connue.
Le périmètre compte 71 établissements de la filière, dont quatre scieries seulement, mais l’une d’elles change la donne. La Parqueterie de Bourgogne, à Cerisiers, 20 à 49 salariés, donne au massif un débouché parquet sur place qu’aucun des quatre autres ne possède. Viennent la Scierie du Pays d’Othe à Rigny-le-Ferron et O Bobois à Aix-Villemaur-Pâlis, 10 à 19 salariés, et N.T. Bois, exploitant forestier de la même commune, 20 à 49. En lisière immédiate, Tarteret Philippe SAS à Estissac appartient au même bassin. À l’autre bout de la chaîne, Kronospan à Auxerre, 100 à 199 salariés, absorbe la trituration. Comme partout, le fichier Sirene arrêté au 25 juillet 2026 ne distingue pas le résineux du feuillu et son géocodage reste partiel : ces listes minorent la réalité.
La conséquence pour le propriétaire est favorable et rare. Le chêne de qualité moyenne, celui qui ne fait ni tonnellerie ni belle charpente et qui ailleurs part au bois de chauffage, trouve ici un acheteur en parquet. Le petit bois et le houppier trouvent Auxerre. C’est le massif du lot où la gamme complète se valorise sans quitter la région.
Le sanglier domine tout le reste. L’Yonne en a prélevé 18 245 en 2024 contre 8 182 dix ans plus tôt : la population a doublé en dix ans, la progression la plus rapide de tous les départements du lot. L’Aube passe de 7 401 à 9 842 (tableaux de chasse départementaux, 2024). Sur argile à silex, sous une glandée de chêne régulière, le boutis retourne les régénérations et les dégâts aux cultures riveraines alourdissent à la fois le prix du bail de chasse et le risque de contentieux avec le voisinage agricole. Le chevreuil, lui, reste tenu, 74 pour cent d’exécution dans l’Aube et 75 dans l’Yonne. Fait notable, le cerf élaphe de l’Aube ne progresse pas, 1 012 réalisations en 2024 contre 1 062 en 2014, seul département du lot dans ce cas.
L’hydromorphie de l’argile impose une exploitation en fenêtre et expose au tassement des sols, avec les conséquences habituelles sur les délais et sur l’état des cloisonnements. Le morcellement, enfin, interdit à peu près partout d’atteindre les vingt-cinq hectares d’un seul tenant du plan simple de gestion.
Nous ne publions pas de prix médian à l’échelle du Pays d’Othe. Une médiane de massif suppose un rattachement des communes à la région naturelle que notre chaîne de traitement ne porte pas, et nous ne diffusons aucun chiffre qui ne soit pas recalculable au seuil de 4,5 kilomètres. Les prix qui suivent sont donc départementaux et se lisent comme tels : le Pays d’Othe ne couvre qu’une part de l’Aube et de l’Yonne.
L’Aube ressort à 4 673 euros par hectare, l’Yonne à 4 005. Deux versants d’un même plateau, deux marchés qui se séparent de plus de six cents euros par hectare, de part et d’autre d’une limite administrative qui ne recouvre aucune rupture de station.
Une précision de méthode s’impose ici. La Marne et l’Aube sont les deux départements français les plus affectés par la correction des mutations réparties sur plusieurs communes, que nous appliquons systématiquement : leurs médianes brutes, calculées ligne à ligne, ressortent de dix à treize pour cent au-dessus des valeurs publiées ci-dessus. Toute source qui donne pour ces deux départements un prix supérieur n’a vraisemblablement pas agrégé les mutations multi-communes.
Ce qui commande le prix ici n’est pas le sol, c’est la taille du lot mis en vente, et l’Yonne, le meilleur échantillon des deux, le montre sans détour : 3 588 euros par hectare de 1 à 10 hectares, 6 234 de 10 à 25, 9 632 de 25 à 100. Un bien vendu par lots de quelques hectares se situe structurellement dans la tranche la moins payée. Ce n’est pas la station qui décote, c’est la coupure foncière. Un propriétaire qui regrouperait avant de vendre changerait de tranche, donc de prix.
La dynamique, elle, sépare les deux versants. L’Aube passe de 4 179 euros en 2021 à 6 100 en 2025, quarante-six pour cent, quand l’Yonne va de 3 900 à 3 974, deux pour cent. Le même plateau est à cheval sur un marché qui s’apprécie et sur un marché qui ne bouge pas.
En amont, deux repères. Le peuplier de plus d’un mètre cube, essence des vallées de la Vanne, valait 54,98 euros le mètre cube au premier semestre 2022 et 57,36 au premier semestre 2025, une progression de quatre pour cent, fiabilité élevée aux deux bornes. Le frêne de plus d’un mètre cube passe lui de 119,33 à 150,78 euros, vingt-six pour cent, mais le volume analysé y est passé de 838 à 4 110 mètres cubes et la fiabilité de moyenne à élevée : cet écart mêle une hausse réelle et un meilleur recensement, il ne se transpose pas tel quel sur un lot. Source : mercuriale TerrAgree d’après EFF et CNIEFEB, France entière, la nomenclature ayant changé au second semestre 2025, les millésimes suivants ne sont pas comparables.
Biens disponiblesCette sélection reprend les biens de la page Forêts à vendre, filtrés sur l’Aube et l’Yonne. Aucune propriété du Pays d’Othe n’est actuellement présentée à la vente par le cabinet. Les biens paraissent ici dès leur mise en ligne.
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