La forêt française est la quatrième d'Europe par sa surface, avec dix-sept millions d'hectares. Elle a couvert trente millions d'hectares vers l'an 800 et n'en occupait plus qu'une fraction en 1820.
Adrien Sebastiao, TerrAgree Forêt · Mis à jour le 29 mars 2023
Contrairement à une idée répandue, la forêt ne couvrait pas la totalité du territoire deux mille ans avant notre ère. Les études modernes décrivent une mosaïque : forêts, landes, prairies, bois clairs, marécages et tourbières, héritée des dernières glaciations.
Dès le néolithique, les hommes investissent les zones de faible couverture pour étendre cultures et pacages.
La conquête romaine introduit une distinction durable, entre la sylva, monde sauvage, et l’ager, espace cultivé. La forêt n’est pas considérée comme exploitable, elle renvoie au désordre et à l’insécurité. Ce sont les Gallo-Romains qui créent le cadastre, et les voies romaines qui commencent à morceler un territoire alors boisé aux trois quarts.
Après l’effondrement de l’Empire, la forêt regagne les espaces cultivés. Déclin des villes, recul démographique et refroidissement du climat lui profitent.
S’installe alors une économie agro-sylvo-pastorale où le paysan est à la fois agriculteur, berger et forestier.
Vers l’an 800, la forêt ne couvre plus que trente millions d’hectares, soit les trois cinquièmes du pays. Les monastères se multiplient, les moines défrichent et mettent en culture.
À partir du dixième siècle, la croissance démographique et économique européenne accélère le mouvement. Trente à quarante mille hectares sont défrichés chaque année.
En 1346, Philippe VI de Valois promulgue le premier code forestier, qui fixe des règles pour économiser une ressource déjà menacée. En 1380, le couvert est estimé à quatorze millions d’hectares, un quart du territoire.
Le dix-septième siècle accélère la pression.
Louis XIV étend sa flotte, et Colbert, contrôleur général des finances, entreprend de doter le royaume d’une marine de guerre. C’est de cette volonté que naît la futaie de Tronçais, dans l’Allier, destinée à produire du bois d’œuvre pour les navires. La construction navale fait disparaître partout des chênes centenaires.
Les hauts fourneaux consomment simultanément d’immenses quantités de charbon de bois, fourni par les taillis autour des forges. Mines, verreries et salines font le vide autour d’elles.
L’ordonnance de 1669 sur le fait des Eaux et Forêts répond à cette surexploitation. Un quart de la forêt française est mis en réserve, le traitement en futaie est généralisé, et le texte s’applique aux forêts royales comme à celles de l’Église, des seigneurs et des communes.
C’est le premier acte de gestion durable à l’échelle d’un pays, et il précède de trois siècles le vocabulaire qui le désignera.
Il ne suffit pourtant pas. Industrie, chauffage, marine, construction, agriculture et pâturage continuent d’entamer le couvert.
En 1820, la forêt ne couvre plus que douze pour cent du territoire. C’est le point le plus bas jamais atteint, que l’on appelle le minimum forestier.
Le code forestier de 1827 y répond par des restrictions sévères : le défrichement est soumis à autorisation, le pâturage est interdit en forêt.
Au dix-neuvième siècle, l’idée s’impose que le déboisement dérègle l’ordre naturel. Les crues qui frappent la France entre 1840 et 1856 sont perçues comme sa conséquence directe.
Officiers des Eaux et Forêts et ingénieurs des Ponts et Chaussées prônent alors le reboisement massif. Napoléon III ordonne la régénération de la forêt des Landes et promulgue en 1860 une loi sur le reboisement des montagnes. Quatre-vingt-dix mille hectares de dunes sont boisés en pin maritime.
Le couvert repart : neuf millions d’hectares en 1850, dix millions en 1914.
Le Fonds forestier national, créé en 1947, encourage une gestion plus dynamique et le développement de la filière bois. Il finance surtout le reboisement résineux et le désenclavement des massifs, et il soutient la plantation massive de peupliers pour la pâte à papier.
L’Office national des forêts est créé en 1966 pour gérer durablement les forêts publiques.
La déprise agricole et l’exode rural font le reste. La forêt regagne les terres que l’agriculture abandonne, principalement en montagne.
La forêt française couvre aujourd’hui trente et un pour cent du territoire métropolitain et continue de s’étendre par expansion naturelle, à un rythme voisin de quatre-vingt-cinq mille hectares par an depuis les années quatre-vingt.
Elle a donc retrouvé approximativement son niveau du Moyen Âge.
Trois conséquences en découlent, qui structurent le marché d’aujourd’hui.
Elle est privée aux trois quarts, parce que les reboisements du vingtième siècle ont porté sur des terres agricoles abandonnées, propriétés de particuliers.
Elle est morcelée, pour la même raison. Le prix de la forêt en porte encore la trace.
Et elle est jeune. Une part importante des peuplements résineux date du Fonds forestier national, c’est-à-dire des années cinquante à soixante-dix. Ils arrivent aujourd’hui à maturité, ce qui explique une part des volumes mis en marché.
Les enjeux de séquestration du carbone et de biodiversité s’ajoutent désormais aux fonctions de production. Ils ne les remplacent pas. C’est le cadre dans lequel s’exerce notre gestion forestière.
L’auteurLe monde rural et l’environnement sont des secteurs où les enjeux sont immenses. Entre préservation des espèces, besoins alimentaires, productivité, rentabilité et attentes écologiques, les acteurs ancestraux peinent à trouver leur place. Dans ces domaines où rien n’est tout noir ou tout blanc, tout reste à faire et les possibilités sont infinies.
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