Le Bourbonnais correspond au département de l'Allier, entre le Berry, le Nivernais et les premiers reliefs du Massif central. Il réunit trois pays forestiers distincts : le bocage de Tronçais au nord-ouest, sur la sylvoécorégion B91 qui porte 158 000 hectares de forêt, le bocage oriental sur la B92 avec 128 000 hectares, et la Montagne bourbonnaise au sud-est, dont les crêtes dépassent mille mètres. Le premier fait la réputation du département, le troisième en fait le volume résineux.
Adrien Sebastiao, TerrAgree Forêt · Mis à jour le 13 août 2026
Tronçais est une chênaie sessile de futaie régulière conduite depuis Colbert, et son grain fin en a fait la référence européenne de la merranderie. Sur la B91, l’inventaire forestier national compte 71 000 hectares de feuillus purs et 58 000 en mélange de deux feuillus, pour 4 000 hectares seulement de conifères purs. Les sols sont issus des sables et argiles bourbonnais, acides, sableux en surface et argileux en profondeur, et c’est cette réserve en eau profonde qui a permis au sessile d’y produire des grumes de tranchage et de merrain sur des révolutions longues.
La Montagne bourbonnaise fonctionne à l’inverse. Le socle est granitique, l’altitude corrige les températures, et le douglas comme le sapin pectiné y trouvent des conditions comparables à celles du Forez voisin. La station de Saint-Nicolas, à 1 022 mètres, affiche un solde hydrique estival positif de 17,2 millimètres, quand la moyenne nationale est déficitaire de 205. Nos conseillers y signalent des versants médiocres qu’il faut savoir écarter, l’exposition commandant ici davantage que la fertilité.
Entre les deux, le constat qui doit être écrit. La station d’Isle-et-Bardais, au cœur même du massif de Tronçais, enregistre sur trente ans un déficit hydrique estival de 210 millimètres et 25,9 jours au-dessus de trente degrés, c’est-à-dire une station plus sèche et plus chaude que la moyenne française. Lurcy-Lévis, à vingt kilomètres, atteint 217 millimètres de déficit et 30,3 jours, avec un profil thermique dominant. La chênaie la plus prestigieuse d’Europe se tient sur un climat qui ne lui est pas favorable, et l’écart entre sa réputation et sa station va se creuser. Nous préférons le dire.
L’Allier compte 1 028 établissements de la filière et trente-huit scieries, et l’essentiel de sa valeur ajoutée tient à la merranderie du chêne. Les Merrains de l’Allier exploitent trois sites, à Marcenat sous l’enseigne S.N.B.A., à Buxières-les-Mines et à Louroux-de-Bouble. Tronçais Bois Merrains est à Urçay, les Merrains de Tronçais à Marcillat-en-Combraille. Les Établissements Héraud, à Cosne-d’Allier, opèrent sous l’enseigne Tonnellerie de l’Allier. Les Établissements J. Bourdier, à Lurcy-Lévis, tiennent la tranche de vingt à quarante-neuf salariés, et Chêne Bois est à Cérilly, au pied du massif.
La différence avec le Nivernais mérite d’être posée, puisque les deux pays vendent le même produit à trente kilomètres l’un de l’autre. Le Nivernais a gardé la tonnellerie sur place. Le Bourbonnais a gardé la merranderie et a laissé partir l’assemblage du fût vers la Charente et la Bourgogne, mais il a en revanche une industrie que le Nivernais n’a pas : Berry Wood, à Meaulne-Vitray, sous l’enseigne Berryalloc, dans la tranche de cent à cent quatre-vingt-dix-neuf salariés, qui transforme le chêne en parquet. Les Scieries Associées de Tronçais et les Établissements Chignac sont dans la même commune. Un propriétaire bourbonnais a donc deux débouchés de qualité distincts, le merrain et le parquet, et il a intérêt à les faire concourir plutôt qu’à traiter avec un seul.
Côté résineux, l’outil est modeste : Mondières Frères, à Lavoine, emploie dix à dix-neuf personnes. Le douglas de la Montagne bourbonnaise sort largement du département, vers le Forez et la Loire.
Le grand gibier n’est pas le sujet. La saison 2024 place l’Allier au soixante-quatrième rang national pour le cerf élaphe avec 277 prélèvements et au quarante-neuvième pour le sanglier avec 7 737. La contrainte est ailleurs.
Elle est dans l’état du feuillu. Sur l’Auvergne-Rhône-Alpes et pour la période officielle 2014-2022, l’inventaire forestier national mesure une production brute de feuillus de 6,3 millions de mètres cubes par an, une mortalité de 1,7 million et un prélèvement de 2,3 millions. Autrement dit, il meurt presque autant de feuillu qu’il s’en récolte, et la mortalité représente 27 pour cent de la production brute. Un peuplement de chêne bourbonnais sous-exploité n’est pas un capital qui s’accumule tranquillement, c’est un capital dont une part se perd chaque année.
S’y ajoute la longueur des révolutions. Le sessile de Tronçais se conduit sur cent cinquante à deux cents ans, et un propriétaire qui acquiert aujourd’hui une jeune futaie achète une valeur actuelle d’avenir dont l’horizon dépasse largement sa détention. C’est une donnée d’analyse financière autant que sylvicole, et elle doit être posée avant toute projection de flux.
Sur les mutations forestières d’un hectare et plus enregistrées à la DVF entre 2021 et 2025, retraitement TerrAgree, la médiane de l’Allier s’établit à 5 301 euros par hectare sur 743 mutations, au quarante-huitième rang des quatre-vingt-neuf départements métropolitains, en progression de 18,3 pour cent depuis 2021 quand le repère national n’avance que de 5,0. C’est le département le plus cher des trois que nous avons traités sur le Massif central, très au-dessus du Puy-de-Dôme à 2 516 euros et de la Creuse à 3 619.
L’effet de surface y est franc et se concentre sur le passage au moyen massif : 4 561 euros pour les mutations de un à dix hectares, 8 797 de dix à vingt-cinq, 9 839 au-delà. Le saut se fait à dix hectares et non à vingt-cinq, ce qui traduit un marché où l’unité de gestion utile est déjà atteinte à cette taille, cohérent avec un pays de bocage où les bois se tiennent en massifs compacts plutôt qu’en grands ensembles.
Nos conseillers qualifient le Bocage bourbonnais à la valeur vénale et la Montagne bourbonnaise au-dessus. La différence se comprend : dans le premier cas le prix suit le chêne, dans le second il intègre une prime de rareté sur un secteur résineux réputé et étroit.
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Le siège couvre l’Allier, du bocage de Tronçais à la Montagne bourbonnaise, en gestion forestière comme en transaction. Il connaît les merrandiers qui achètent le chêne sur pied dans le département.
Faire évaluer ma forêt dans l’Allier Adrien Sebastiao, TerrAgree Forêt Mis à jour le 13 août 2026Sub tegmine fagi.
Homo et arbor radices habent