Le premier acte technique d'un forestier n'est pas de regarder les arbres, c'est de regarder ce qui pousse à leurs pieds.
Xavier Roussey, TerrAgree Forêt · Mis à jour le 17 mars 2023
Une station est l’ensemble des conditions locales dans lesquelles pousse un peuplement : le sol, sa profondeur, sa réserve en eau, son acidité, l’exposition, le climat local.
C’est elle qui détermine la productivité d’une parcelle, bien avant le choix de l’essence ou la qualité de la conduite. Une essence plantée hors de sa station végète, quelle que soit l’attention qu’on lui porte.
D’où la règle du métier : lire la station avant de choisir l’essence.
Les plantes du sous-bois ne s’installent pas au hasard. Chacune a ses exigences, et sa présence signale des conditions précises.
Certaines indiquent un sol acide et pauvre, d’autres un sol calcaire, d’autres encore un sol riche et frais. Certaines signalent un excès d’eau permanent, d’autres au contraire une sécheresse marquée en été.
C’est la combinaison qui compte, jamais une plante isolée. Un individu peut se trouver là par accident ; un cortège, non.
Cette lecture ne remplace pas l’analyse de sol, elle la précède et elle l’oriente. Elle a l’avantage d’être immédiate, gratuite, et de couvrir toute une parcelle plutôt qu’un point de prélèvement.
Choisir l’essence à installer ou à favoriser lors d’une régénération.
Apprécier la productivité réelle d’une parcelle, donc sa valeur, avant tout achat ou toute évaluation.
Anticiper les difficultés d’exploitation. Une flore signalant un engorgement permanent annonce des contraintes de portance et donc des fenêtres d’intervention réduites.
Repérer les zones à enjeu écologique, dont la présence peut conditionner un classement ou un engagement de gestion.
La lecture de la station change de statut avec l’évolution du climat.
Une essence installée il y a soixante ans l’a été dans des conditions qui ne sont plus celles d’aujourd’hui. Les dépérissements observés sur plusieurs essences en témoignent.
Le forestier ne choisit donc plus seulement en fonction de ce que la station porte, mais de ce qu’elle portera. Cela suppose de connaître d’autant mieux ce qu’elle est aujourd’hui, et la flore reste le témoin le plus fiable dont il dispose sur le terrain.
La télédétection cartographie les peuplements à grande échelle, l’analyse de sol quantifie précisément un point donné.
Ni l’une ni l’autre ne dit ce qu’un forestier voit en marchant dans une parcelle et en identifiant ce qui pousse au sol. Ce savoir se transmet et se pratique, il ne se lit pas dans un rapport. Il est au cœur de notre gestion forestière.
L’auteurLe monde rural et l’environnement sont des secteurs où les enjeux sont immenses. Entre préservation des espèces, besoins alimentaires, productivité, rentabilité et attentes écologiques, les acteurs ancestraux peinent à trouver leur place. Dans ces domaines où rien n’est tout noir ou tout blanc, tout reste à faire et les possibilités sont infinies.
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