Le massif vosgien s'étend sur les Vosges, le Bas-Rhin, le Haut-Rhin, la Haute-Saône et le Territoire de Belfort, avec ses avancées sur la Meurthe-et-Moselle. La sylvoécorégion D11, Massif vosgien central, porte 383 000 hectares de forêt selon l'inventaire forestier national sur 2020-2024, ce qui en fait le plus vaste ensemble traité dans cette série. Le versant lorrain descend en pente longue vers la Vôge, le versant alsacien tombe brutalement sur la plaine, et l'écart d'altitude atteint mille deux cents mètres du Ried aux crêtes. Le hêtre, essence marquante du massif, fait l'objet d'une fiche dédiée.
Adrien Sebastiao, TerrAgree Forêt · Mis à jour le 13 août 2026
La signature vosgienne n’est pas une essence, c’est un mélange. Sur les 383 000 hectares de la D11, l’IGN classe 105 000 hectares en mélange de conifères et de feuillus, catégorie majoritaire, devant 90 000 hectares de conifères purs et 73 000 de mélange de conifères. Les feuillus purs n’occupent que 54 000 hectares. La hêtraie-sapinière et la sapinière-pessière tiennent l’étage montagnard, le hêtre et le chêne sessile le piémont, le douglas les stations basses reboisées.
Ce mélange n’est pas un accident de gestion, il tient au bilan hydrique. Nos relevés sur trente ans donnent au Markstein un solde estival positif de 9,7 millimètres et au Ballon d’Alsace de 109,2, à Gérardmer de 42,1, à Plancher-les-Mines de 27,9. Le massif vosgien est le seul du lot où l’eau est excédentaire l’été et non simplement moins déficitaire qu’ailleurs. Le sapin pectiné y trouve ses conditions optimales et se régénère naturellement sous couvert, ce qui fonde la conduite en futaie irrégulière pratiquée dans le massif.
Deux facteurs limitent. Le gel tardif est sévère en altitude, avec 12,5 jours en avril et mai au Markstein, 11,7 au Ballon et 8,1 à Gérardmer, ce qui écarte les essences à débourrement précoce sur les hauts. Et le vent est le paramètre déterminant du massif : la rafale de référence atteint 40,5 mètres par seconde au Markstein et 35,5 au Ballon de Servance, contre 26,7 en moyenne nationale, et ce sont les deux seules stations du secteur à dépasser trente. Sur les crêtes, la hauteur dominante que l’on accepte avant de récolter n’est pas une question de rendement mais de tenue au vent, et l’épicéa en peuplement pur y est le premier exposé.
Le massif vosgien porte l’appareil industriel le plus dense de cette série. L’extrait Sirene recense 368 scieries sur les six départements, dont 130 dans les Vosges seules, 84 dans le Bas-Rhin et 78 en Haute-Saône. Huit d’entre elles dépassent cinquante salariés, ce qu’aucun autre massif traité n’atteint. Le Groupe SIAT Alsace, à Urmatt, se situe dans la tranche de 250 à 499 salariés et constitue le premier acheteur de résineux du massif, avec un second site à Niederhaslach. Schilliger Bois est à Volgelsheim avec 100 à 199 salariés. Côté lorrain, les Établissements Gaiffe à Champ-le-Duc, Roland Lemaire et Fils à Moussey et la scierie Germain Mougenot à Saulxures-sur-Moselotte tiennent chacun la tranche de cinquante à quatre-vingt-dix-neuf. Le bois d’industrie trouve son débouché chez Egger, à Rambervillers, dans la tranche de 250 à 499 salariés, et chez CF2P à Lure.
La conséquence pour le propriétaire est double. La concurrence à l’achat est réelle et soutient le prix bord de route, ce que nos conseillers traduisent par une qualification de marché parmi les plus élevées de notre échelle. Mais quatre des huit scieries de plus de cinquante salariés, dont la première du massif, se trouvent dans le Bas-Rhin et le Haut-Rhin, c’est-à-dire dans les deux départements où aucun prix de mutation n’est publiable. La demande la plus forte s’exerce là où nous ne savons pas mesurer ce qui se paie.
Le grand gibier pèse davantage qu’ailleurs et il pèse sur le point sensible. La saison 2024 place le Bas-Rhin au quatorzième rang national pour le cerf élaphe avec 2 016 prélèvements, les Vosges au dix-septième avec 1 965 et le Haut-Rhin au vingt et unième avec 1 862. Trois départements du même massif dans les vingt-cinq premiers, c’est une pression de fond. Or la sylviculture vosgienne repose sur la régénération naturelle du sapin sous couvert, et le semis de sapin est précisément ce que le cervidé prélève en premier. Ici, le déséquilibre ne renchérit pas le renouvellement, il en interdit le principe même et oblige à revenir à la plantation protégée, dont le coût change l’économie du peuplement.
La seconde contrainte est sanitaire et régionale. Sur le Grand Est, l’inventaire forestier national mesure pour la période officielle 2014-2022 un prélèvement de résineux de 4,4 millions de mètres cubes par an pour une production brute de 3,8 millions, soit un taux de prélèvement de 159 pour cent, et une mortalité de 1,0 million. L’épicéa de basse et moyenne altitude en porte l’essentiel.
Sur les mutations forestières d’un hectare et plus enregistrées à la DVF entre 2021 et 2025, retraitement TerrAgree, la médiane s’établit à 4 690 euros par hectare dans les Vosges sur 1 133 mutations, à 3 803 en Haute-Saône et à 4 662 en Meurthe-et-Moselle. Le Bas-Rhin et le Haut-Rhin sont hors périmètre et nous n’y extrapolons rien.
Le trait le plus instructif est l’aplatissement de l’effet de surface. Dans les Vosges, les mutations de un à dix hectares se traitent à 4 596 euros et celles de dix à vingt-cinq hectares à 4 965, soit un écart de huit pour cent quand le rapport national est de un à un et demi entre ces deux tranches et de un à deux et demi dans le Nivernais. Autrement dit, la petite parcelle se paie ici presque au même prix unitaire que le moyen massif. C’est la signature d’un marché très concurrentiel sur un foncier morcelé, exactement ce que nos conseillers décrivent, et cela signifie qu’un propriétaire vosgien de trois hectares n’a pas à subir la décote de taille observée ailleurs.
Le repère amont confirme la tension. Aux ventes groupées des Experts Forestiers de France, France entière, le sapin gros bois de plus de 1,5 mètre cube est passé de 48,24 euros le mètre cube sur pied au premier semestre 2024 à 59,95 au premier semestre 2025, soit une progression de 24,3 pour cent à classe et à semestre comparables. Le second semestre 2025 change de nomenclature et nous ne le chaînons pas.
Biens disponiblesCette sélection reprend les biens de la page Forêts à vendre, filtrés sur les six départements du massif. Aucune propriété vosgienne n’est actuellement présentée à la vente par le cabinet. Les biens paraissent ici dès leur mise en ligne.
Voir toutes les forêts à vendre Le bureau du massif04 43 97 19 18
contact@terragree.com
Le bureau se tient à l’ouest du massif, sur la Vôge. Il suit le versant lorrain et la Haute-Saône en gestion forestière comme en transaction, et connaît les scieurs qui achètent le sapin sur pied.
Faire évaluer ma forêt dans les Vosges Adrien Sebastiao, TerrAgree Forêt Mis à jour le 13 août 2026Sub tegmine fagi.
Homo et arbor radices habent