Données et études de la Maison TerrAgree
Adrien Sebastiao, TerrAgree · Mis à jour le 26 août 2026
Nous publions le même marché lu de deux manières. La maille départementale, celle du notaire, de la fiscalité et de la statistique publique : c’est elle qui porte les prix. La maille des régions naturelles, celle du forestier, parce qu’une station, un peuplement et un bassin d’acheteurs ne s’arrêtent pas à une limite administrative : c’est elle qui porte la lecture de terrain. Le Morvan ne se lit pas dans la Nièvre, la Sologne ne se lit pas dans le Loir-et-Cher.
Les sources sont publiques et nommées. Demandes de valeurs foncières de la DGFiP, publiées sur data.gouv.fr, et répertoire Sirene de l’INSEE pour la qualification des acquéreurs. Aucune donnée privée, aucune déclaration d’intermédiaire, aucune enquête d’opinion.
Le retraitement retient les mutations comportant au moins une parcelle codée bois, forêt, taillis ou futaie, à partir d’un hectare selon la convention Safer. Les lignes communales d’une même vente sont agrégées, les mutations réparties sur plusieurs communes regroupées au seuil de 4,5 kilomètres, et rien ne se publie sous trente ventes. Couverture du 1er janvier 2021 au 31 décembre 2025. Nous publions la médiane à l’hectare, les premier et troisième quartiles, le nombre de mutations et la surface échangée. Rien ne sort qui ne soit recalculable à partir de ces paramètres, et notre page de méthode expose le seuil, le plancher et nos réserves.
Nous employons des outils automatiques, modèles de langage compris, pour le travail de volume : lecture des fichiers, appariement, contrôle de cohérence. Ils ne font pas l’analyse. La qualification par région naturelle a été établie par nos conseillers, une région après l’autre, sur une échelle de sept degrés allant de la vente sous la valeur technique à la vente de complaisance. Elle a été renseignée avant toute consultation des données fiscales, puis confrontée à elles : 135 entrées couvrant 132 régions naturelles, dont 129 dépassent trente ventes. Le Charolais, l’Aubrac et le Pays de Bray y figurent deux fois, un versant par région administrative, avec une qualification propre à chacun.
Il situe un marché. Il ne dit pas ce que vaut une forêt, et il ne remplace aucune expertise.
Ce fichier ignore le peuplement. Il enregistre un prix, une surface et une date, jamais un volume sur pied ni sa qualité. Une parcelle rasée l’an passé et une futaie mûre entrent dans la même ligne et pèsent le même poids dans la médiane. C’est la raison pour laquelle nous inventorions avant de chiffrer, et non l’inverse.
Le Morvan en donne la démonstration. Nos conseillers le placent au plus haut degré de l’échelle, quand les médianes départementales alentour restent modestes : 4 479 € dans la Nièvre, 4 290 en Saône-et-Loire, 4 074 en Côte-d’Or, 4 005 dans l’Yonne. La médiane agrège des centaines de petites mutations de fonds sans capital constitué, la qualification porte sur ce qu’un acquéreur consent pour une futaie de douglas. Nous l’écrivons plutôt que de le lisser.
Un massif se lit d’abord sur la station : nature du substrat, profondeur prospectable, réserve utile en eau, exposition, altitude. La flore indicatrice et les catalogues de stations du CRPF disent ce que le lieu peut porter, ce que traduisent la classe de fertilité et l’accroissement courant, en mètres cubes par hectare et par an. Un douglas, un hêtre et un pin sylvestre ne lisent pas la même station.
Cet ordre est celui de l’expert, et le marché prend le sens inverse. L’acquéreur paie d’abord le volume mobilisable et sa qualité, essence par essence, par classes de diamètre, bille de pied par bille de pied sur les bois d’œuvre de valeur, relevés par inventaire pied à pied ou par sondage par placettes. Il convertit ce volume par les cours de plusieurs campagnes et non par ceux du jour de la visite, ce que publie notre observatoire des bois. La station ne se paie qu’au titre de la révolution suivante, et c’est précisément ce que l’acquéreur pressé néglige.
S’y ajoute ce que le marché paie sans toujours le nommer : la desserte, le voisinage, les aménités et les services écosystémiques, et l’existence d’un document de gestion durable agréé, plan simple de gestion, règlement type de gestion ou code des bonnes pratiques sylvicoles, qui conditionne la garantie de gestion durable et les régimes fiscaux qui s’y rattachent. Un acquéreur avisé paie la différence entre un massif doté et un massif à régulariser.
Restent trois valeurs que l’on confond couramment. La valeur technique, celle qu’établit l’expert par sommation du fond et de la superficie, indépendamment de toute intention de céder. La valeur vénale, le prix probable de cession à la date de l’expertise, entre un vendeur et un acquéreur informés et non contraints. La valeur financière, la somme actualisée des revenus nets attendus, sous un taux et des hypothèses énoncés. Elles ne se moyennent pas : leur écart est l’objet même du rapport, et il ne s’établit qu’avec une visite, des mesures et de la donnée relevée sur place.
Homo et arbor radices habent